Je suis historien et géographe de formation. J'ai été enseignant-formateur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Dakar, puis en charge de différentes structures et directions administratives. A la retraite depuis plusieurs années, je profite de ma liberté recouvrée pour assouvir une vieille passion : écrire. Ces dernières années, j’ai publié deux romans («Mon villages au temps des blancs » en 2000 et «La Raparille» en 2010) ainsi que trois essais (« A mes chers parents gaulois » en 2007 ; "Wade Mecum ou le wadisme en 15 mots" en 2010; "Le temps des choses jamais vues : chronique des années Wade-Sarkozy", 2013). Je publie régulièrement des chroniques dans divers journaux sénégalais (en particulier « Nouvel Horizon » et "Sud Quotidien").

jeudi 24 mars 2011

CONNECTIVITÉ

Depuis quelques mois, le gouvernement du Sénégal compte un nouveau département ministériel né de l’imagination fertile du président Wade : le ministère de la Connectivité. Son titulaire s’est même vu affubler du titre de ministre d’Etat, mais cela ne signifie guère grand-chose tant cet attribut, autrefois sélectif, foisonne depuis des années dans les gouvernements successifs de l’Alternance. Il s’est donc démonétisé du fait de la facilité avec laquelle il est accordé, au point qu’être ministre « ordinaire » est devenu l’exception ! Quant au contenu même du portefeuille, ni le Premier Ministre, ni le titulaire n’ont eu la courtoisie de nous éclairer, comme si les citoyens de ce pays n’avaient pas le droit de connaitre les termes de référence de la mission confiée à un homme qui émarge (grassement) sur le budget public. Résultat : les personnes qui au Sénégal savent ce que recouvre ce nouveau et énigmatique ministère, y compris probablement au sein du conseil des ministres, se comptent sur les doigts de la main. Mais cela ne nous change pas tellement, car dans le passé, nous avions connu d’autres ministères au contenu aussi approximatif qui ont disparu sans laisser ni traces ni héritage. Qu’il me suffise de rappeler les ministères de la Pédagogie, de la Bonne Gouvernance ou de la Compétitivité qui ont du user des méninges et surtout consommer des crédits en pure perte…

Alors c’est quoi même la « Connectivité » ? A défaut d’explications fournies par l’inventeur, tournons–nous tout naturellement vers le dictionnaire de la langue française. Pour constater que le mot est inconnu des outils classiques, ce qui n’est guère surprenant car on ne voit pas notre président « très spécial », selon le mot de l’ancien directeur de la Banque Mondiale, se contenter de puiser son inspiration dans un banal Petit Larousse. Il nous faut donc remonter à l’étymologie, entrer dans le langage ésotérique de la technologie et faire appel à l’électronique. Ils nous apprennent que la connectivité est « la capacité d’un système à se connecter à d’autres systèmes », par proximité par le réseau ou par contact direct... S’il en est ainsi, si la Connectivité est le fait d’établir une connexion, de mettre en contact des objets ou des êtres qui ne communiquent pas ou que les aléas de la vie ont séparés, alors la mission principale de M. Alassane Dialy Ndiaye devrait être, de toute urgence, de sacrifier ses objectifs technologiques pour établir la connectivité de deux systèmes qui s’écartent dangereusement l’un de l’autre : le président de la République et les réalités sénégalaises. De ramener Wade sur terre, tant il multiplie les déclarations qui donnent à penser qu’il est, pour le moins, disjoncté de la réalité, mal informé, ou qu’il est insensible à la « désespérance du peuple », pour reprendre le mot de Sarkozy après la révolution de jasmin. Wade n’a plus l’âge de conduire ces happenings électoraux baptisés « marches bleues » qui le promenaient à travers le Sénégal profond et lui permettaient de sentir battre le cœur de ses concitoyens. Il les a remplacés par des visites protocolaires chez les chefs religieux ou plus souvent par des descentes dans les obsèques transformées en campagnes de recrutement et de démonstrations affectives. Malheureusement, pour ces dernières au moins, il prêche devant des auditoires plus sensibles à l’argent ou aux postes qu’à la vérité. Pour le reste, il préfère les virées hors du pays aux visites de proximité qui avaient fait sa réputation. Il est devenu inaccessible, sauf à sa cour, au point que pour la première fois au Sénégal, des citoyens s’immolent aux portes du Président de la République, faute d’avoir obtenu le sésame qui permet d’accéder à son bureau. Mais surtout, Wade n’est plus entouré que d’hommes et de femmes qui opinent à ses moindres signes et savent que leur survie dépend de sa bonne humeur. Les foules se déplacent toujours à chacune de ses sorties, mais, le sait-il, ce ne sont plus les foules généreuses et spontanées qui l’avaient porté au pouvoir et refusé l’argent de Diouf, elles sont désormais payées, et de plus en plus cher, et rien ne prouve que dans le secret de l’isoloir, elles ne feront pas parler leur cœur.

Le drame des hommes de pouvoir, c’est en effet leur solitude qui les déconnecte de la réalité, et plus leur pouvoir est absolu, plus grande est leur solitude. Wade n’est pas seulement un autocrate, la « seule constante du pays » disent ses adorateurs, c’est aussi un vieil homme, entouré d’hommes et de femmes dont aucun n’est de sa génération, et c’est cela qui rend tragique sa solitude. Ce n’est pas une solitude « physique » : jamais il n’a été aussi entouré, au risque d’être étouffé, et souvent par des hommes qui n’avaient guère contribué à son avènement à la présidence. Sa solitude, c’est celle d’un homme auquel chacun veut plaire tout en sachant qu’il n’a plus sa vigilance d’antan, et dont chaque collaborateur s’oblige à taire toutes les informations susceptibles de le déranger.

C’est un phénomène aussi vieux que le monde que ceux qui gouvernent ne voient jamais les clignotants qui annoncent la désaffection du peuple qui les acclamait. On peut en donner de multiples et édifiants exemples. Le 14 juillet 1789, le petit peuple de Paris, un petit millier de menuisiers, de teinturiers, de cordonniers, de marchands de vin… entraînant avec eux quelques soldats rebelles, tous subalternes, marchent sur la Bastille. Entreprise insensée : la forteresse-prison faisait peur par son arsenal militaire impressionnant qui lui avait permis de repousser, depuis près de quatre siècles des assauts bien plus violents. Cette foule bon enfant n’était pourtant qu’à la recherche de poudre, mais Il suffira de quelques maladresses des autorités chargées de la défense de la forteresse pour que l’émeute tourne à la révolte : la prise de la Bastille est en réalité une reddition. A Versailles, le roi Louis XVI, qui s’était couché en inscrivant un laconique « Rien » sur son journal, ne réalise ni n’a été instruit de la nouveauté de l’évènement, ni même qu’à cet instant la seule requête du peuple consistait à lui demander de renouer les contacts avec ses sujets. Pourtant un observateur indépendant, l’ambassadeur de Grande Bretagne câblait deux jours plus tard à son gouvernement que désormais, on pouvait « regarder la France comme un pays libre et le Roi comme un monarque dont le pouvoir est limité. » Seul Louis XVI n’avait pas compris qu’on était passé de la révolte à la Révolution !

Plus proche de nous, dans le temps et dans l’espace, est cette image de Mobutu, pitoyable, déjà ravagé par la maladie et soutenu par Mandela et qui pourtant menace de ses foudres Laurent Kabila. Son pays est occupé, son armée est en déroute, son peuple et ses anciens protecteurs sont prêts à le lâcher et il exigeait des excuses de celui qui avait déjà le pouvoir. Tout le monde savait que c’était fini pour lui, sauf lui-même ! Quand cela vous arrive, vos meilleurs amis ne voient plus en vous qu’un pestiféré et Mobutu, tout comme le Shah d’Iran avant lui et Ben Ali après lui, dut mendier désespérément un havre d’exil.

Mais, bien sûr, l’exemple le plus récent de l’aveuglement des dirigeants politiques nous est fourni par le printemps arabe et l’écroulement, en quelques heures et en direct, des dictatures de Ben Ali et de Moubarak. A quelques heures de leur chute, ces deux hommes qui pourtant contrôlaient tous les rouages de leurs pays depuis respectivement vingt trois et trente ans, étaient encore convaincus que leur peuple était derrière eux et qu’ils pouvaient imposer des concessions aux foules qui se dressaient contre eux. Aujourd’hui, Ben Ali est recherché par la police du Premier Ministre qui avait été le sien pendant dix ans, et Moubarak s’emporte contre sa femme et son fils qui lui avaient caché la vérité alors qu’il s’était accommodé de leurs mensonges pendant des décennies !

Le président Wade ne semble pas plus au fait de la détresse et des grondements de colère qui se lèvent dans les foyers sénégalais que ses illustres et ci-devant collègues. Lorsque, à Ouagadougou, il assure à la presse que la situation énergétique du Sénégal s’est nettement améliorée depuis qu’il a nommé son fils (pour ses seules compétences, précise-t-il) à la tête du département, on peut se poser cette question : d’où tient-il ses informations ? De son fils ? L’exemple de Gamal Moubarak démontre que ce n’est pas forcément la bonne solution. Les tient-il de sa cour ou de ses services de renseignements ? Ils ne sont pas plus fiables, car tous savent que dénigrer le fils-héritier, c’est reprocher au père d’avoir fait un mauvais choix. Est-il allé visiter les quartiers de Dakar et de sa banlieue plongés dans le noir et l’insécurité ? A-t-il taillé bavette avec les petits artisans désœuvrés et impuissants devant leurs outils de travail ou avec les ménagères qui vident dans les poubelles leurs provisions pourries ? A-t-il entendu le désarroi des chefs d’entreprises et des hôteliers menacés de faillite ? Ses ministres, ses collaborateurs lui ont-ils présenté le dossier non expurgé de la Senelec ? S’il en avait été ainsi, il aurait compris que la situation se détériore et se complique, et que la société nationale est dans une impasse. Son fils a tenté de mettre en cause l’opposition, ce qui est de bonne guerre, mais aussi ses prédécesseurs (Samuel Sarr, Macky Sall), les travailleurs de la société et ses fournisseurs (ITOC) sans convaincre. Pour faire sérieux, il a engagé des dépenses inouïes pour conduire un audit qui n’a fait que confirmer le diagnostic interne et gratuit, et, comme au bon vieux temps, il a sollicité l’assistance d’EDF (plus de 800 000 F par jour et par expert, selon une source bien introduite!), alors que la Senelec regorge de cadres, ce qui n’a fait que … creuser le trou des déficits de la Senelec !

Lorsque Wade promet aux Sénégalais la construction d’une usine de montage d’avions (imminente puisqu’il envisage de se rendre à Touba dans un de ses appareils !) alors que son ministre de fils reconnait qu’il lui faut encore quatre ou cinq ans pour mettre fin aux délestages, on peut encore s’inquiéter de la qualité des informations dont il dispose, de sa maîtrise des enjeux et des priorités du Sénégal. Mais ce n’est pas nouveau : il avait déjà promis de doter notre pays, d’une centrale nucléaire, dans un délai de quelques mois. Qu’importe que notre université forme des littéraires à 90% et que le site choisi, la Casamance, soit une région que son armée ne contrôle même pas, comme le montre la multiplication depuis le début de l’année d’attaques attribuées au MFDC !

Lorsque face aux Altermondialistes Wade affirme que son gouvernement a éradiqué la pauvreté, en dix ans, alors que face à lui, Lula, qui dirige la 8e puissance du monde (160 fois le PIB du Sénégal !) ne peut se vanter que d’avoir, en huit ans, tiré de la misère 20 millions de Brésiliens, soit 10% de la population, on s’interroge sur l’idée même qu’il se fait de la vie dans nos campagnes et banlieues. Pourtant, à portée de main de la présidence de la République, des milliers de Sénégalais vivent depuis des années dans des maisons inondées, d’autres, femmes et enfants, ont fui les campagnes pour mendier dans les rues de Dakar, d’autres, plus nombreux encore, ne sont pas assurés d’avoir deux repas par jour, et chaque déplacement à l’extérieur du chef de l’Etat représente le budget annuel d’une collectivité locale. Me Wade, qui aime à rappeler qu’il est le seul président africain qui soit universitaire, qui est agrégé d’économie, devrait tout de même savoir que le Sénégal a un PIB inférieur à celui de la Guinée Equatoriale (28 000 km2, un demi million d’habitants) ou du petit archipel de Trinidad-et-Tobago (5 000 km2, 1.3 millions d’habitants) et qui ne représente que le quart de celui de la Tunisie dont la population est sensiblement la même. Ou, pour nous référer à un classement selon le développement qualitatif et à partir de l’indice de développement humain (IDH) qui tient compte à la fois de la longévité, de l’instruction et des conditions de vie, il devrait savoir que notre pays était au 166e rang mondial et au 37e (sur 53) rang en Afrique.

La réalité, c’est que le Sénégal est devenu une nation-Potemkine, du nom de ce favori de l’impératrice Catherine II de Russie qui construisait des villages factices pour faire croire aux succès de son administration. Les misérables étaient camouflés derrière les façades pimpantes et soustraits des regards des étrangers et même du Chef de l’Etat, tout comme aujourd’hui les échangeurs dissimulent les taudis. Nous vivons dans une démocratie-Potemkine où le pouvoir nous distille à longueur de journée que le Sénégal est un État de droit, mais réprime toutes les manifestations de colère de la rue et confisque les pamphlets des intellectuels.

Cela durera tant que la façade tient bon. Mais si elle s’écroule ?

WADE, LE MOLLAH OMAR, BEN LADEN ET DIEU...

Ainsi donc le président Wade aurait écrit à Monsieur Mohamed Omar Moujahid, plus connu sous le nom de Mollah Omar, pour solliciter (ou exiger ?) la libération des otages français détenus en Afghanistan depuis près de quinze mois ! En ces temps de sécheresse publicitaire, voila de quoi restaurer la réputation de notre pays, qui s’effiloche comme la côte de popularité de M. Sarkosy, et montrer au monde que notre président a bien le sens des priorités nationales. Si cette initiative audacieuse n’efface pas des premières pages des journaux les soubresauts du « printemps arabe » et même les affres du séisme japonais, c’est à désespérer de la perspicacité de la presse…

Car enfin, Me Wade a bien de la chance et ses services de renseignements méritent toute notre admiration. Il est certainement le seul homme au monde à être convaincu que le mollah Omar est encore de ce monde et, surtout, à savoir comment lui faire parvenir une correspondance d’une telle importance. La dernière fois qu’on a vu le mollah, c’était en octobre 2001, il y a presque dix ans, et il était sur une « djakarta », un petit cyclomoteur qui quittait le brasier allumé par l’intervention extérieure pour s’enfoncer dans la nuit des « zones tribales » du nord-ouest du Pakistan, au nez et à la barbe de l’armée américaine. Depuis lors, le pays le plus puissant du monde, renforcé par ses alliés, n’a pu ni l’arrêter, ni l’intercepter, ni le retrouver mort ou vif. Il est apparemment aussi difficile de retrouver en Afghanistan ou au Pakistan, un grand géant, entre quarante et cinquante ans, enturbanné, barbu et borgne, que de retrouver une aiguille dans une botte de foin, ou, pour parler comme chez nous, que de trouver un sérère beau et de teint clair dans le Sine ! Le mollah Omar s’est volatilisé dans les montagnes et une prime de 10 millions de dollars américains n’a pas suffi pour lui mettre le grappin dessus. Le président sénégalais fait donc preuve d’un courage et d’une détermination exceptionnels en décidant d’entrer en contact avec l’homme le plus recherché du monde, une sorte de SDF à l’échelle d’un continent.

On peut certes se poser la question de savoir pourquoi Me Wade, chef d’état africain et président de l’OCI, s’intéresse au sort de MM. Taponnier et Ghesquière, citoyens français, plutôt qu’à celui, au moins aussi peu enviable, des otages africains, ou détenus en Afrique, ou des 8000 prisonniers palestiniens, dont des femmes et des enfants, soumis à une mort lente dans les geôles israéliennes. Par exemple au sort de Salah Hamouri, ancien étudiant en sociologie à l‘université de Bethlehem, surnommé le « Mandela des oubliés », détenu depuis six ans, sans aucune charge claire et que certains assimilent à un prisonnier politique. M. Hamouri est pourtant de nationalité française, mais il n’a pas derrière lui le lobby qui se bat pour la libération de Gilat Shalit, et à ceux qui réclamaient à la France de prêter la même mansuétude à l’otage franco-palestinien que celle manifestée à l’endroit de l’otage franco-israélien et d’exiger donc la libération de Salah, Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, avait répliqué, en janvier 2011 : « Il n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un État souverain ». Comme quoi, M. Hamouri n’a pas droit non plus à la même égalité de traitement que Florence Cassez, accusée elle de prise d’otages et de trafic de drogue et pour laquelle la France a sacrifié ses relations avec le Mexique ! Mais Wade ne serait pas Wade s’il ne faisait que ce qu’on attend de lui, et intéressons-nous donc non à l’objet mais au destinataire de sa lettre.

Car il faut d’abord savoir comment le Président de la République parviendra à faire remettre au mollah sa précieuse missive…

On n’imagine pas qu’il se contente de la mettre à la poste, avec la mention : « Monsieur Mollah Omar, poste restante, Kandahar », en ajoutant, peut-être, « Aux bons soins des facteurs afghans », ce qui, me disait-on quand j’étais jeune, vous dispensait même d’apposer un timbre. Dieu merci, Me Wade a de quoi payer une franchise postale, mais le problème c’est qu’une lettre affranchie dans ces termes attirerait tout de suite la curiosité des services secrets américains. Elle serait violée, photographiée, scannée dans ses moindres détails, falsifiée peut-être, au point de perdre, pour le moins, toute confidentialité, toute crédibilité aux yeux de son destinataire. Sans compter que la CIA serait probablement aux trousses du facteur…

La poste n’est donc pas la bonne solution.

Pourquoi ne pas essayer dès lors de recourir aux services d’un envoyé spécial, une sorte d’ambassadeur extraordinaire, acheminé par le tout nouvel avion présidentiel et muni de tout le viatique pour fouiller les souks afghans et escalader les montagnes des zones tribales. Il faudrait évidemment que ce soit un de ces fous du pape du Sopi, plus Wadiste que Wade lui-même, un de ceux qui disent qu’ils ne sont pas PDS mais Wadistes, prêt à s’immoler pour attirer le regard de son maître. Dieu sait qu’ils sont nombreux autour du Président. Et pourquoi pas Farba Senghor ? D’abord parce que plus wadiste que lui, tu meurs ! Ensuite parce qu’il est au chômage et que ce serait un moyen de le sauver de la dépression, de faire l’économie de quelques bourdes, de l’utiliser sans frais supplémentaires et sans laisser un vide pendant la durée de son absence, qui pourrait être très longue. Enfin parce que, pour une mission aussi spéciale, il faut bien « un élément hors du commun ». L’inconvénient, c’est que c’est un homme qui n’aime pas passer inaperçu et que son zèle pourrait le conduire à haranguer les foules sur les marchés de Kaboul ou de Kandahar pour recruter des militants.

Le Président pourrait aussi faire déposer la lettre au bureau du courrier d’Al Jazira à Doha, malheureusement on est là-bas plus attentif aux remous qui secouent le monde arabe qu’à la prose d’un chef noir quasi inconnu des auditeurs de la chaîne arabe.

Il y a bien une dernière solution pour acheminer cet embarrassant message. Le président Wade est, comme on le sait, féru de TIC et d’innovations technologiques : alors pourquoi ne pas recourir à l’Internet et mettre à l’épreuve son ministre de la Connectivité ? Le problème, ici aussi, outre le fait de connaître le mail du mollah qui n’est pas sur Facebook, c’est que les hackers chinois sont à l’affut de tous les secrets et pourraient donc détourner le message, le brouiller ou le transformer en spam. Ils sont apparemment plus forts que leurs collègues américains qui, en dix ans, n’ont pas réussi à localiser le circuit des messages de Ben Laden.

Le président Wade a donc le choix entre plusieurs solutions, mais, au moins une chose est sûre : il n’aura pas besoin de se servir de ses mallettes pleines de devises : dans son code du parfait taliban, le mollah Omar a interdit toute prise d’otages contre rançon. On peut néanmoins se demander si notre Président saura trouver les mots pour séduire son correspondant dont le tempérament est à l’opposé du sien : il aime les bains de foule et transforme ses audiences en xawaare, le mollah Omar n’a été vu en public à Kaboul qu’une seule fois en cinq ans de pouvoir.

Enfin, pendant qu’il y est, pourquoi le président Wade n’écrirait-il pas aussi à un autre illustre perturbateur, un autre SDF censé être sous les mêmes abris, M. Oussama Ben Mohamed Ben Awad Ben Laden, appelé plus couramment Ben Laden ? Après tout, il est – selon les médias occidentaux – « le banquier du Jihad », et qui tient la bourse tient le pouvoir. Il est aussi l’inspirateur du mollah Omar et son beau- frère, et un proverbe pulaar dit que le héron et son beau-frère pêchent toujours ensemble. Deux lettres par le même coursier, cela rentabiliserait l’opération, amortirait les frais de gestion et gonflerait d’orgueil le factotum commis à cette tâche. D’une certaine manière, c’est même plus urgent et surtout plus productif, d’écrire à Ben Laden qu’au mollah 0mar : l’un n’a que son pays pour objectif, quand l’autre se donne une vocation d’agitateur universel. Si l’on en croit les médias occidentaux, il régnerait sur un État virtuel, avec des gouverneurs provinciaux et des missi dominici et, tout comme l’Angleterre au XIXe siècle, le soleil ne se coucherait jamais sur son empire. Il pourrait, par la même occasion, expliquer au président Wade le secret de sa santé inusable puisqu’il y a dix ans, on le disait tout près de la tombe, soumis à des dialyses régulières, au point de se construire un hôpital souterrain ultramoderne dont personne n’a retrouvé les traces. Si le mollah Omar sévit à des milliers de kilomètres, Ben Laden est à nos portes et déstabilise déjà nos voisins. Le président Wade gagnerait donc à la fois l’estime de ses collègues africains et celle de la France en obtenant la libération des otages d’Arlit. Avec la force qu’on lui prête, Ben Laden pourrait même faire libérer des geôles mexicaines la très précieuse Florence Cassez, ce qui enlèverait une épine au pied de Nicolas Sarkozy, qui à un an des élections que l’on dit perdues par son camp, n’hésiterait sans doute pas à annuler la dette du Sénégal, voire à effacer l’ardoise que représente l’achat du nouveau jet présidentiel. Une lettre à Ben Laden, ça ne coûte pas cher et ça peut rapporter gros !

Mais, au fond, au lieu de passer par les sous-traitants, pourquoi le président Wade n’écrirait-il pas directement à Dieu qui est pour ainsi dire un collègue ? Certes leurs domaines de compétence n’ont pas la même étendue, mais Me Wade a au moins une qualité divine : il est « la seule constante » de notre pays, répètent à l’envi ses aficionados qui en oublient que d’autres, qui avaient revendiqué le même privilège, ont été emportés par des révoltes de rues ou tout simplement par l’usure naturelle de leurs artères. Reste qu’écrire à Dieu, c’est écrire à un Etre dont personne ici ne doute de l’existence : tout le monde sait où Il est, puisqu’Il est partout. Autre avantage, avec Lui on n’a pas besoin de timbre ni de facteur ou de vaguemestre, et le président, qui dit avoir les meilleurs marabouts du monde, n’aura pas besoin de l’expertise de son ministre de la Connectivité. Enfin lorsqu’il s’agit de Dieu, il n’y a pas de limites à la requête. Me Wade pourra donc lui demander tout à la fois la fin des délestages et des immolations par le feu, la reddition du MFDC, de retrouver ses jambes et son entrain de la « Marche Bleue » de 2000, et, pour couronner le tout, la victoire en 2012 !

Néanmoins une dernière inquiétude me saisit. Dieu n’est pas seulement miséricordieux, Il est aussi le Juge suprême. Combien donc pèsera la lettre de Me Wade à côté de la pétition du peuple sénégalais ? Ne réveillera-t-elle pas les cris de tous ceux qui se plaignent par exemple que celui qu’ils avaient élu pour changer leurs vies ait surtout changé trois fois de jets personnels (la réparation de la Pointe des Almadies, pouvant être assimilée par son coût à l’achat d’un aéronef), en onze ans de règne, et distribue l’argent public, le produit de leur sueur, à des fonctionnaires internationaux et des courtisans rassasiés, quand son peuple est en plein désarroi et l’économie nationale paralysée par les coupures d’électricité ?

Certes Dieu n’oublie rien, mais le 19 mars Me Wade sera sur ses éphémérides et il serait plus prudent que le Président de la République ne se rappelle pas à son bon souvenir par des incantations intempestives. Pour ma part donc, je conseillerai humblement à Me Wade de se contenter, en ce moment crucial, de n’écrire qu’au mollah Omar.

samedi 5 février 2011

LEÇONS DE TUNISIE...

Même si les deux évènements n’ont, évidemment, ni la même portée ni la même signification, la chute du mur de Berlin et celle de Ben Ali ont au moins un point commun : les astrologues de la politique n’ont rien vu venir, peut-être parce que nous ne pouvons déduire du passé aucune prescience du futur. Nous avons donc assisté en direct à la chute imprévue et imprévisible d’un homme qui avait régné en maître absolu pendant 23 ans. D’autres «spécialistes» que l’on pourrait appeler les archéologues de la politique tirent déjà des leçons de cette extraordinaire péripétie, comme si les mêmes causes produisaient toujours les mêmes effets. Ce ne sont donc pas des leçons que je propose ici : je me contenterai de faire deux constats de très inégale valeur qui, de mon point de vue, n’ont pas eu le développement qu’ils méritent…

Le premier est celui-ci : les hommes de pouvoir doivent savoir qu’en politique, les peuples, dans toutes leurs composantes, sont versatiles et ne s’expriment vraiment que dans les crises. Ce constat est valable d’abord pour le marais des indifférents et les troupes des militants de base qui constituent le bétail électoral et l’objet des spéculations des politiciens en tous temps et en tous lieux. Il s’applique aussi aux militants éclairés, aux «cadres» des partis, aux cercles dits intellectuels, à toute l’armée des «porteurs de voix» et des hommes d’influence que constituent les chefs traditionnels, les religieux, les communicateurs, les représentants de l’Etat, serviteurs de tous les pouvoirs. La Tunisie vient de nous en fournir la preuve édifiante puisque les Tunisiens sont aujourd’hui aussi unanimes à vouer Ben Ali aux gémonies qu’ils l’étaient à l’acclamer il y a quelques semaines. Il avait été réélu à la tête de l’Etat avec près de 90% des voix, selon les chiffres officiels, et, selon les mêmes sources, neuf électeurs sur dix avaient participé au vote. Les bourgades par lesquelles est venue la «révolution de jasmin» n’étaient pas les moins zélées : à Kasserine et à Sidi Bouzid, les électeurs avaient fait mieux que la moyenne nationale, ils avaient été 90,46% et 91,22%, respectivement, à voter pour lui. Partout en Tunisie des cohortes de militants fêtaient sa victoire. Son parti trônait dans un siège somptueux, un immeuble de cinq étages, une ruche qui accueillait des milliers d’exécutants dévoués. Ses photos ornaient les façades des immeubles, des panneaux publicitaires, et pas un seul Tunisien n’avait pris le risque de les tagger ou de les recouvrir de graffitis insultants. Les médias locaux, tous les médias, vantaient ses mérites et la Radio-Télévision nationale préférait se faire appeler la Sept, en hommage à sa prise de pouvoir, le 7 novembre 1987. Il nommait les imams, lesquels relayaient son message du haut de leurs minbars. Les ministres, à commencer par le premier d’entre eux, aujourd’hui Premier Ministre de transition, les parlementaires, à commencer par le président de l’Assemblée devenu Président de la République par intérim, vantaient son esprit visionnaire, son humanisme, et exprimaient la nécessité de le garder à la tête du pays jusqu’à la fin de sa vie. La rue n’était pas en reste qui, «spontanément», défilait pour conspuer les rares «dévoyés» qui osaient contester son autorité. Profitant de cette unanimité affichée, l’Occident préférait ignorer les jérémiades d’une Radhia Nasraoui ou d’un Taoufik Ben Brick pour absoudre celui qui avait surtout le mérite de refuser droit de cité aux «islamistes». Ben Ali fait preuve « d’ouverture et de tolérance( !)» jure Sarkozy, la Tunisie donne toute satisfaction au FMI, assure Strauss-Kahn. Au plus fort de la crise, Michèle Alliot-Marie, proposait l’expertise et le «savoir-faire de la France» pour aider le président contesté à mâter la rue et à rétablir la sécurité ! Bref jusqu’à la veille du suicide de Mohamed Bouazizi, le «peuple» tunisien, celui qui s’exprime dans les médias et manifeste dans la rue, le seul que l’on voit et entend, de même que l’establishment local et tout le Gotha du monde développé, l’encensaient ! Il a suffi qu’un jeune homme désespéré s’immole par le feu, que des accros de Facebook expriment leur ras-le-bol pour que tout ce monde là, sans exception, ne lui trouve plus que des poux.

Abdou Diouf n’a pas été chassé par la rue. Il a été battu démocratiquement à l’issue d’une élection jugée transparente et a quitté le pouvoir porté par les félicitations de son adversaire. Malgré cette sortie honorable, il a suffi qu’il parte pour que son parti vole aux éclats. Les hommes politiques sont comme les agonisants : tant qu’ils gardent un peu de force, tout le monde est prêt à les accompagner, mais dès qu’ils tournent l’œil, il n’y a plus personne pour les suivre et chacun cherche plutôt à tirer parti de leur absence. En l’espace de quelques mois, tous les mouvements de soutien à Diouf, tous les «machin-pad» et autres «Abdo nu doy» ont tourné casaque, avec armes et bagages, pour rejoindre le PDS sans aucune contrepartie politique. Sans même exiger que Wade reste fidèle à ses premiers engagements, quand il affirmait qu’un gouvernement «ne peut pas, parce qu’il a l’appareil d’Etat, la police et la gendarmerie, écraser les citoyens derrière ses murs simplement parce qu’ils clament haut et fort leur volonté de liberté ».

Dix ans après l’Alternance, celui qui avait promis le Sopi ne compte plus pour gagner les élections que sur la force de persuasion et les troupes des anciens lieutenants de son prédécesseur. Ses jokers, ce sont ceux-là même qui s’esclaffaient de concert avec Diouf et Habib Thiam, lorsque ceux-ci égrenaient ses bravades et ses prétentions de ministre d’Etat sans portefeuille. A la table de son conseil des ministres siège donc Djibo Ka, autrefois pupille du parti socialiste dont il dit aujourd’hui pis que pendre, celui qui se vantait d’avoir en sa possession tous les écrits de Senghor et qui, selon un journaliste, ne pouvait pas faire trois phrases sans prononcer le nom de Abdou Diouf. Il y a aussi Mamadou Diop, qui fut l’intraitable porte parole du PS dans des élections contestées, et se contente aujourd’hui d’un strapontin sans budget ni avenir. La présence de Abdoulaye Mokhtar Diop est moins surprenante si, comme le raconte un de ses camarades de parti, sa préoccupation au départ de A. Diouf, c’était surtout de savoir ce qu’il était advenu du magot de la campagne électorale. Il dit, pour justifier son retournement, être entré dans le gouvernement de Wade parce qu’il aime son pays, mais oublie cette vérité : «Un bon patriote, c’est celui qui défend son pays toujours… et le gouvernement seulement quand il a raison» (M. Twain) et, il l’avait dit, c’est déraisonnable de briguer le pouvoir à 86 ans. Tout à côté de Wade, se tiennent d’autres vigiles qui naguère prônaient le mariage entre la politique et l’éthique, alors que jamais la corruption n’a autant régné dans notre pays, et militaient pour la séparation et le rééquilibrage des pouvoirs, alors que c’est l’hymne de Wade et le drapeau du PDS qui désormais accompagnent les cérémonies de la République.

Si demain Wade quittait le pouvoir, de gré ou de force…Peut-être ai-je commis une hérésie : Wade n’est-il pas éternellement jeune et donc immortel ? Osons quand même imaginer qu’un jour, il ne sera pas là, et de parier que, dès les premiers jours de son départ, son gouvernement de 45 ministres se désagrégerait, car aucune autre autorité ne pourrait maintenir ensemble tant d’egos opposés. Il est donc important qu’il parte honorablement car, s’il en était autrement, le Sénégal vivrait la même situation que la Tunisie d’aujourd’hui. On entendrait les mêmes désaveux, à commencer par ceux du Premier Ministre : « Je n’étais qu’un exécutant… j’avais peur, comme tout le monde » et suprême trahison : «vous savez il n’avait plus sa tête, il était si vieux !». C’était déjà ce qu’on avait dit à la mort de Houphouët-Boigny. Mais surtout les foules, convoyées aujourd’hui par les cars Ndiaga Ndiaye pour applaudir Wade sur le tarmac de l’aéroport L.S. Senghor ou au pied du Monument de la Renaissance, se porteraient spontanément et cette fois à leurs frais, places de l’Obélisque ou de l’Indépendance pour chanter la liberté retrouvée. Elles seront réconfortées par un message de Sarkozy : « Je n’avais pas eu une juste mesure de la désespérance du peuple sénégalais».

La deuxième observation que je voudrais faire est d’une autre nature et de portée moindre. Elle peut être formulée comme suit : les hommes passent, les livres restent. Sous Ben Ali, l’Etat avait le monopole de l’importation des livres et contrôlait la production locale, bien entendu il choisissait ses titres. Depuis quelques jours, on assiste en Tunisie à un curieux spectacle : les vitrines des librairies exposent des ouvrages que le régime avait interdits et les lecteurs viennent en pèlerinage pour se faire photographier devant elles, comme il y a vingt ans les peuples libérés se faisaient photographier devant le mur (démoli) de Berlin. La censure n’avait pas empêché l’entrée sous le manteau des livres interdits qui étaient connus et lus et ces amoureux de la lecture ne viennent donc pas pour les acheter, mais pour le symbole que représente une vitrine de librairie rendue à sa vraie vocation. Cette liberté est aujourd’hui refusée, au Sénégal, à une vingtaine d’ouvrages qui n’ont que le tort d’exprimer des points de vue critiques vis-à-vis de Wade ou de l’Alternance. Ils sont confisqués par les services de la douane et finissent leurs vies dans les tiroirs des agents des renseignements généraux qui ont au moins l’occasion de se cultiver. Tout comme dans la Tunisie de Ben Ali, ils circulent pourtant par des réseaux souterrains et informels et parmi leurs lecteurs cachés figurent des proches de Wade. Quand ceux-ci font face à la presse, ils font semblant d’en ignorer le contenu ou usent de l’insulte à l’endroit de leurs auteurs (comme l’a fait Abdoulaye Baldé pour le livre de Abdoul L. Coulibaly), mais en aparté, ils expriment leur perplexité et quelquefois leur critique. Quand on prend l’habitude d’avaler des couleuvres, un jour vient où on avale un boa sans s’en rendre compte.

Les livres ne meurent pas. Dans son livre, «Fahrenheit 451», Ray Bradbury raconte le cheminement d’un homme chargé de brûler tous les livres sous un régime qui considère la lecture comme un fléau, et qui devant l’absurdité du geste se met à apprendre par cœur les ouvrages qu’il devait livrer aux flammes. Joseph McCarthy est mort et oublié, et les pièces de Berthold Brecht et d’Arthur Miller qu’il avait prohibées sont lues et jouées partout dans le monde. Un jour, tous les livres interdits sous l’Alternance, même s’ils ne prétendent pas avoir la facture des ouvrages précités, seront dans la vitrine des librairies et les Sénégalais pourront juger de leur pertinence. Si Wade ne l’autorise pas aujourd’hui, cela se fera plus tard contre sa volonté : parce qu’il ne sera pas là, ou, pire encore, parce qu’il ne sera plus rien.

ET SI LA COTE D'IVOIRE CHANGEAIT DE NOM ?

En 1984, après avoir installé sa «révolution populaire et démocratique», Thomas Sankara décidait de changer le nom de son pays. La république de Haute Volta prenait le nom, énigmatique à l’époque, de Burkina Faso… Sankara est mort, son héritage a été bafoué, la « révolution » est oubliée, mais le nom de Burkina Faso a survécu, et avec lui le mythe du «pays des hommes intègres» pensé et voulu par son créateur. En l’espace d’un quart de siècle, l’ancienne réserve de main d’œuvre agricole de l’époque coloniale, désarticulée à plusieurs reprises pour servir les intérêts des planteurs de café et de cacao de Côte d’Ivoire ou de ceux des riziculteurs de l’Office du Niger, a laissé la place à une nation fière, réputée attachante par son authenticité, sa simplicité et son sérieux. L’ancienne Haute Volta était à l’écart des grandes routes, perdue entre le Sahel et la forêt. Le nouveau Burkina, dont le chef n’est pourtant pas un parangon de démocratie, attire touristes et humanitaires, il est devenu le centre névralgique du cinéma et de l’artisanat africains et surtout, la réputation de ses citoyens lui vaut une côte que lui envient ses voisins mieux dotés par la nature. Il a su faire du marketing à partir de son nom et les spots publicitaires clament sur tous les écrans de télévision : « Etre burkinabé c’est être intègre ! ». Par les temps qui courent, c’est une précieuse et attrayante qualité.

Certes, comme le dit vulgairement un proverbe pulaar, danser comme un derviche tourneur ne vous guérit pas d’une boursite, et la seule magie du nom n’a pas suffi pour opérer ce lifting idéologique et sentimental, mais elle a incontestablement aidé à provoquer un déclic, à susciter une nouvelle prise de conscience. Elle a aussi permis de réconcilier la population avec son idéal politique, car si « Voltaïque » était fondé sur le nom, mystérieux, d’une rivière dont le cours principal se déroule au Ghana voisin, « Burkina Faso » a été construit sur la conjugaison des composantes linguistiques du pays. Senghor, qui avait des prétentions ethno-linguistes, n’a pas compris que le choix de « burkinabé » au lieu de « burkinien » pour désigner les citoyens de ce pays ne relevait pas de la seule grammaire, mais d’un choix politique.

C’est ce lifting que devrait, peut-être, s’imposer la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui. Il sera certainement plus douloureux, car non seulement on en est plus déjà au temps où un homme, fût-il un visionnaire, peut seul imposer un choix de cette nature, mais surtout parce que ce pays traîne un mal sournois qui le ronge depuis des années. Cette plaie béante s’appelle « ivoirité » et elle est d’autant plus pernicieuse que ceux qui la cultivent ou la laissent prospérer prétendent qu’elle n’existe pas, alors même qu’elle a tué des hommes et des femmes et conduit d’autres à l’exil. Certes, me dira-t-on, dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, l’urgence est ailleurs que dans une querelle de terminologie. Mais la Tunisie vient encore de nous administrer la preuve qu’il est plus facile de se débarrasser d’un dictateur ou d’un imposteur que de changer l’esprit d’un peuple. Ben Ali était venu au pouvoir par un coup d’état médical et un coup d’état par le net a suffi pour l’emporter. Plus difficile sera pour les Tunisiens de retenir la leçon et de ne plus jamais laisser prospérer un régime qui tenterait encore de leur faire croire que le progrès économique exige nécessairement le bâillonnement des libertés. Changer de nom ne résoudra pas tous les problèmes que connaît la Côte d’Ivoire, loin de là, mais cela pourrait, dès le rétablissement de la légalité du pouvoir, inaugurer une refondation bénéfique et salutaire. De toutes façons quelle autre preuve concrète, bon marché mais spectaculaire pourraient donner les Ivoiriens pour signifier au monde qu’ils tournent bien une page de leur histoire ?

Ce changement de nom peut d’abord se justifier par des raisons objectives et historiques. Au fil des ans, l’appellation « Côte d’Ivoire » paraît en effet de plus en plus anachronique. Elle est l’héritage d’une époque où les territoires étaient désignés, non en référence à leur histoire, mais en fonction des produits et des richesses qu’ils pouvaient offrir aux marchés coloniaux et aux monopoles européens. Ces dénominations étaient souvent schématiques et quelquefois arbitraires. Il y eu ainsi, entre autres, une « Côte des Esclaves » et une « Côte des Epices » qui, heureusement, ne donnèrent pas naissance à des États, une « Côte de l’Or » et une « Côte (française) des Somalis » qui sont devenues les républiques du Ghana et de Djibouti. Le gouvernement ivoirien lui-même marque son embarras face à la survie d’une appellation devenue désuète, en interdisant la traduction du nom de son pays dans les instances internationales, à l’ONU notamment où « Ivory Coast » est formellement prohibé.

Mais l’appellation Côte d’Ivoire n’a pas seulement vieilli, elle est en fait tout simplement impropre pour désigner la patrie de Drogba et de Tiken Jah Facoly. D’abord parce que l’ivoire n’est plus (l’a-t-il jamais été ?) la principale richesse ou le produit phare du pays. Si aujourd’hui il fallait désigner celui-ci par ce qui fait vraiment sa fortune, il faudrait l’appeler la « Côte du Cacao et du Café » et ses habitants des « Cacaocafétiers ». Le terme même de « côte » ne s’impose pas pour désigner ce quadrilatère massif, aussi long que large, qui, de Tabou aux bords de l’Atlantique, à Tingréla,aux confins du Mali, s’enfonce sur 700 km à l’intérieur du continent et touche aux savanes sahéliennes. La Côte d’Ivoire, ce n’est ni le Chili, étroite lamelle de terre, ni le Japon insulaire, c’est un pays essentiellement continental, aux côtes souvent d’accès difficile, ce ne sont pas ses plages, mais ses forêts et ses plantations qui ont fait sa richesse, et c’était par nécessité financière, pour aller au plus rentable, que le colonisateur avait fait la part belle à la façade aux dépens de l’hinterland. Par une étrange sublimation ce choix a créé un état d’esprit, et c’est probablement parce que leur pays s’appelle « Côte » que certains Ivoiriens des lagunes se croient plus authentiques que ceux de la savane, qu’il est plus facile de passer pour un Ivoirien lorsqu’on s’appelle Kouamé ou Kouadio que lorsqu’on a pour patronyme Koné ou Ouattara.

C’est pour cette raison que l’argument le plus décisif pour une « refondation » de la Côte d’Ivoire est aussi le plus neuf. Il repose en effet sur les vicissitudes que connaît depuis peu le terme « ivoire », plus précisément un de ses dérivés, « l’ivoirité », néologisme déjà souillé de connotations haineuses. Ce n’est qu’un mot, mais nous autres africains qui avons le culte de la parole, savons, comme nous le rappelait Paul Valéry, « ce que l’usage politique peut faire des mots…dans la comédie tragique des luttes de partis ». Lorsqu’ils sont « prostitués aux entreprises de factions, vociférés sur la voie publique, ignoblement hurlés par des crieurs (…), ils ne sont plus que des armes déplorables, des mots de passe et de ralliement, les instruments d’une guerre civile… ». Depuis un mois ces armes là ont fait plus de deux cents victimes à Abobo, Anyama et ailleurs.

L’ivoirité est un exemple édifiant du retournement tragique d’un slogan échafaudé par un quarteron d’hommes politiques plus soucieux de leurs carrières que des intérêts de la nation. Ebauché, peut-être inconsciemment, par Ouattara, mis en musique, sans discernement, par Bédié, exécuté dans la discorde et le tumulte par Guei, restauré et érigé en hymne par Gbagbo, elle n’a plus la fermeté ni la pureté éburnéennes qu’évoque son nom. D’une certaine manière, changer de nom, ce serait aussi pour la Côte d’Ivoire un moyen de tourner la page du trio flamboyant Bédié-Ouattara-Gbagbo qui depuis dix ans impose aux Ivoiriens l’obligation de choisir leur camp. Ce qui n’était au départ que le signe d’un déficit de générosité ou d’une inquiétude conjoncturelle est devenu un désordre incontrôlable. Aujourd’hui, les croisés de l’ivoirité portent le nom outrancier de « Jeunes Patriotes ». Ils ignorent qu’il y a un demi siècle, il n’existait pas de « nationalité » ou de passeport ivoiriens, qu’il y a un peu plus d’un siècle, à l’époque du fondateur de la « colonie » de Côte d’Ivoire , Binger, la population d’Abidjean (sic) et celle d’Adjamé (aujourd’hui quartier populaire de la métropole économique) appartenaient à deux « nations » différentes, qui s’exprimaient dans des langues sensiblement différentes, et qu’il y avait déjà des communautés dioulas à Grand Bassam. Ils sont loin de se douter que nos jeunes nations, aux frontières et aux rites imposés par le colonisateur, sont comme enfermées dans une boite de Pandore : ouvrez-la et tout s’envole, jusqu’à l’espérance d’une paix des cœurs sans laquelle tout développement resterait illusoire. Ils campent sur les écrans de télévision et revendiquent le droit d’être xénophobes. Au fil des ans, l’ennemi pour eux n’est plus seulement le dioula, ou le Burkinabé, il est l’Autre, tous les autres, et bien sûr le plus évidemment autre : le Blanc. Comme si le Libéria et ses chefs de guerre étaient aux antipodes, comme si la leçon du Rwanda n’avait servi à rien, la télévision prend le ton et les accents d’une « radio des mille lagunes », au point que pour la première fois, les Nations Unies avaient jugé nécessaire de sommer un gouvernement de « mettre un terme à toutes les émissions de radio et de télévision incitant à la haine, à l’intolérance et à la violence » (résolution 1572).

Comment donc maintenir cette arme de désintégration sans faire ressurgir les vieux démons toutes les fois qu’un habitant de ce pays décline sa nationalité ? Depuis cinquante ans, une douzaine de pays africains ont troqué le nom que leur avait légué la puissance coloniale au profit d’appellations de leur propre crû. Certains ont trouvé leur inspiration dans l’histoire précoloniale (Mali, Ghana, Zimbabwé, Bénin), car contrairement aux Européens qui refusent à une des anciennes républiques fédérées de l’ex-Yougoslavie le droit de s’appeler Macédoine, les Africains eux ne s’approprient pas de droits d’auteur sur l’Histoire. D’autres pays africains ont puisé leur nouveau nom dans la géographie (Zambie, Namibie…), dans leur spécificité culturelle ou ethnique (Lesotho, Botswana), ou, comme nous l’avons vu pour le Burkina, fait appel à leur imagination et à leur esprit créatif. N’est-il pas temps pour les Ivoiriens, riches d’une longue histoire, de leurs soixante ethnies, de leur impressionnant potentiel humain et économique, « d’y voir clair », enfin, de choisir pour leur pays un nom qu’il ne devra qu’à eux ?

mardi 4 janvier 2011

LETTRE A UN AMI IVOIRIEN...

Nos hommes politiques nous méritent-ils ? Je parle évidemment de nous autres qui sommes, en reprenant les mots de Paul Valéry, « les suppôts des spéculations et des manœuvres de la politique… les citoyens, les électeurs, les contribuables, les justiciables… ». Nous qui nous sacrifions pour faire entendre leurs voix, prenons leurs promesses pour argent comptant, offrons notre dos pour recevoir les coups qui leur sont destinés lorsqu’ils sont dans l’opposition et que l’expression populaire est contrecarrée, nous qui les portons au pouvoir grâce à nos bulletins de vote, et continuons encore à les applaudir quand ils sont au pouvoir et que pourtant rien ne change…

Certes, n’étant pas ivoirien, je ne peux prétendre avoir contribué à l’élection de Laurent Gbagbo. Mais, comme beaucoup d’autres non ivoiriens, j’avais applaudi à son arrivée au pouvoir, malgré les péripéties souvent dramatiques qui ont accompagné son élection. Enfin, disions-nous, voila la persévérance récompensée, celle d’un homme qui avait osé affronté celui qui était plus que le président de la Côte d’Ivoire, son dieu tutélaire, une icône intouchable qui avait droit de vie et de mort sur ses concitoyens, sans jamais cesser d’être le chouchou de l’Occident. Enfin un président qui n’était ni un soudard à la Bokassa ou Idi Amin Dada, ni le dauphin couronné à la Kabila ou à la Eyadema ! Enfin un homme cultivé, un universitaire, un intellectuel, et par-dessus tout un historien ! Certes l’historien n’est pas un faiseur de miracles, en politique ou ailleurs, mais la connaissance de l’histoire devrait, pour le moins, permettre à Gbagbo de mieux voir, de ne pas répéter les erreurs du passé.

Tous donc, de Niamey à Dakar, nous nous répétions : quelle chance insolente ils ont ces Ivoiriens ! Non content d’être la locomotive et la terre promise de la région, de bénéficier d’une nature généreuse qui lui assigne les premiers rôles dans la production des denrées haut de gamme du commerce mondial, d’avoir à peine entamé les richesses de son sous-sol, voila que leur pays va bientôt nous donner une leçon de bonne gouvernance grâce à l’arrivée au pouvoir d’une homme qui allie l’expérience politique et la rigueur intellectuelle. Voila pourquoi l’échec de Gbagbo est aussi notre échec à tous. Quel gâchis ! Une gouvernance de condottière florentin et des subterfuges pour s’octroyer tout un mandat en fraude. Un pouvoir exercé avec le concours d’escadrons de la mort et dont le plus illustre serviteur est un étudiant défroqué des universités. Pour couronner le tout, l’inélégance de s’accrocher au pouvoir, au risque de réveiller de vieux démons, les querelles intestines qui sont toujours fatales aux nations, la présomption de croire qu’on peut tromper tout le monde tout le temps et enfin la tentation de vouloir «avoir raison par extermination de l’adversaire ». Les rois doivent toujours se méfier des Démokos, qu’ils s’appellent Charles Blé Goudé à Abidjan ou Farba Senghor à Dakar, ces courtisans qui cachent leur incompétence sous un zèle destructeur, qui veulent ajouter « l’ivresse morale »à « l’ivresse physique », distillent la haine sans mesure et poussent à la violence et à l’anarchie. Si, demain, la Côte d’Ivoire brûle, nous tous, ouest-africains, brûlerons avec elle et ce n’est pas une image puisque déjà des voix s’élèvent qui appellent à prendre en otage les communautés étrangères qui la considèrent comme leur deuxième patrie.

Dans quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques mois, inéluctablement, Gbagbo partira. Laissera-t-il derrière lui une nation désunie, voire partagée en factions, martyrisée, démantelée économiquement, des centaines, voire des milliers de morts ? Quoi qu’il en soit la Côte d’Ivoire aura perdu dix ans et nous nos dernières illusions.

N.B. Cette lettre était adressée à M.Venance Konan, écrivain et journaliste ivoirien, et a été publiée sur son site « www.venancekonan.com »

jeudi 30 décembre 2010

LE "SYNDROME TANDJAN"

Le « syndrome Tandjan » c’est cette espèce de pulsion, ce grain de folie, qui saisissent les hommes politiques au bout d’un parcours tous comptes faits honorable, et les poussent à commettre une erreur fatale. Tout allait bien pourtant, ils avaient presque réussi à franchir tous les obstacles d’une carrière difficile, ils allaient pouvoir quitter les affaires avec l’assurance de bénéficier d’une retraite confortable, même si elle n’est pas forcément glorieuse, et voila qu’un démon les pousse soudain à vouloir plus, et souvent à demander l’impossible. Poussés généralement par un entourage qui les tient en otage, ils lâchent le poisson qu’ils tenaient fermement dans leurs mains au profit de celui qu’ils croyaient enserrer dans leurs pieds.

Mamadou Tandjan avait été président de la République à deux reprises et la deuxième fois avec les voix de 2/3 des électeurs. Il pouvait se vanter d’avoir été le premier président élu démocratiquement du Niger, d’avoir surmonté plusieurs crises dont celle qui l’avait opposé à un Premier Ministre plus enclin à jouer Poutine sous Medvedev que Debré sous De Gaulle. Ce n’était certes pas un génie politique mais il paraissait bien rassurant dans ses boubous brodés et ses airs de notable sage. Il était sur le point d’achever le dernier mandat qui lui était autorisé, avait encore assez d’entregent pour pousser au devant de la scène un successeur de son choix, assez de mérite pour servir de valeur refuge, donner son nom à un édifice prestigieux. Mais voila, ça ne lui suffisait pas, ça ne lui suffisait plus. Il lui fallait terminer son « œuvre », comme si Napoléon ou Alexandre avaient eu ce privilège, comme si un mandat présidentiel était une tapisserie qui n’avait de valeur que lorsque le dernier carreau était tissé. Pour deux ou trois années de rallonge il a mis la démocratie en danger dans son pays, fait basculer le Niger dans la sédition, risqué sa vie et pour finir perdu le pouvoir, y compris les quelques mois qui manquaient à son mandat. Il en est réduit aujourd’hui à mendier sa liberté et, peut-être, sous peu, ses moyens de subsistance.

Amadou Toumani Touré a, prémonitoirement, échappé au syndrome Tandjan. Dix ans après son bref intérim, il est revenu au pouvoir, cette fois légitimé, auréolé par une décennie de VRP des grandes causes. Ce capital de sympathie lui a permis de gouverner depuis dix ans, sans même se donner la peine de s’inféoder à un parti, ce qui est une prouesse, surtout pour un militaire qui n’a ni la fougue ni le charisme de Sankara, ni l’insolence d’Obasanjo.

Laurent Gbagbo n’a pas pu, lui, résister au syndrome Tandjan. C’était pourtant un miraculé des remous qui accompagnent toujours les changements de régime. Il avait été élu dans des conditions troubles, en deux étapes, sauvé par la persévérance de la Commission électorale indépendante qu’il dénigre aujourd’hui, et par le revirement des chefs militaires. Le vote n’avait mobilisé qu’un tiers des électeurs, était contesté par une partie de l’opposition et la proclamation des résultats avait fait des centaines de morts. Qu’importe, on lui pardonnait tout : il était « l’homme courage », l’opposant historique. Il avait réussi à contenir la guerre civile, avait usé les Premiers ministres qu’on lui avait imposés avant de s’en choisir un parmi ses plus virulents adversaires !Il avait même réussi ,après avoir terminé son mandat, à profiter des désordres et des malentendus pour s’octroyer, en fraude, tout un mandat, en faisant reporter les élections à six reprises. Le monde entier, y compris ses adversaires, était prêt à oublier ses ruses et ses reniements, peut-être même à passer en pertes et profits les assassinats, les escadrons de la mort, les casses de banques, les scandales financiers, pourvu qu’il accepte enfin de se plier à l’expression de la démocratie. Il n’avait rien ou presque, à perdre : il était resté au pouvoir plus longtemps qu’aucun président américain, Roosvelt excepté, il était à priori, mieux armé que ses rivaux puisqu’il contrôlait tous les moyens de l’Etat, et même s’il perdait, il pourrait partir auréolé du prestige d’avoir été l’homme des changements, d’avoir organisé les élections les plus transparentes, les plus encadrées de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Eh bien c’est raté ! Gbagbo a ruiné son image de militant du progrès et de la démocratie et tôt ou tard, il va aussi perdre la face et, surtout, car c’est ce qui compte le plus pour lui, le pouvoir. Pour l’éternité il ne sera plus que le président qui avait mis contre lui la majorité de son peuple, sa région, son continent, l’ONU et le FMI, la Francophonie et les organisations des droits de l’Homme. Qu’il évite au moins cette infamie : passer aussi pour le Milosevic africain !

Abdoulaye Wade échappera-t-il au syndrome Tandjan ? Tout porte à croire que c’est non, parce que ce virus a ceci de particulier que ce sont souvent les « gens qui vous veulent du bien » qui vous l’inculquent. Voila pourtant un homme qui lui aussi peut se vanter d’avoir été le président le mieux élu de l’histoire du Sénégal, même si le mérite en revient plutôt à son peuple et à son prédecesseur.Il a fait deux mandats, ce qui n’est pas si mal pour un homme qui est arrivé au pouvoir à l’âge où d’autres, Senghor en particulier, préfèrent s’en défaire, pour prendre volontairement, la retraite. Il peut se vanter de n’être pas passé inaperçu, dans son pays comme à l’étranger. Il a largement profité de sa situation, avec un train de vie royal, en mettant toute sa famille au cœur du pouvoir, en enrichissant ses amis, usant du trésor public comme d’un bien propre. Il aura le privilège d’avoir réalisé de grandes œuvres, même si leur opportunité, leur coût, sont contestés, et surtout, d’avoir conduit à terme deux projets symboliques, l’un conforme à sa nature, l’aéroport de Diass qui est un vieux rêve, et le Fesman qui n’est qu’une manière de régler ses complexes vis-à-vis de Senghor. Bref il n’a plus rien à prouver, il peut espérer que son parti, encore puissant, ses lieutenants dont beaucoup ont hérité de son bagout, la clientèle qu’il s’est constituée dans les milieux les plus influents, souvent à coups de mallettes d’argent, les anciens ennemis retournés et qui n’ont plus d’autre choix que de rester collés à ses basques, assureront à celui qu’il aura adoubé les meilleures chances de lui succéder, de défendre les intérêts de ses proches, de le protéger, éventuellement, contre les poursuites judiciaires. Il a donc devant lui une voie royale : celle que Mandela avait choisie et qui consiste à lâcher le pouvoir avant qu’il ne vous lâche. Depuis Cincinnatus personne n’avait trouvé mieux.

Mais c’est justement quand il y a une solution évidente, honorable que la tentation de céder au syndrome de Tandjan est la plus forte. Dans le cas de Wade il suffisait d’un petit coup de pouce car l’homme se croit indispensable, ce qui est la plus grande faiblesse d’un homme politique. Pour le mettre en appétit ses admirateurs se sont posé la question : quel était son point faible ? Son âge, bien sûr ! Alors, à l’unisson, ils ont tous scandé : cet homme de 84(86 ?) ans a la vigueur d’un adolescent, il pourrait courir le marathon de New York, il a reçu de Dieu un cerveau inaltérable et l’exercice du pouvoir n’a usé aucun de ses ressorts. C’est plus qu’un mensonge, c’est une farce tragique comparable à celle illustrée par les généraux de la Grande Armée qui au soir du désastre subi par Napoléon en Russie ne trouvèrent à inscrire sur leur registre que ces mots : « l’Empereur ne s’est jamais porté aussi bien ! » .Ils sont donc tout unanimement tombés à bras raccourcis sur celle qui avait osé dire que Wade était usé et malade. Pourtant c’est une évidence : Wade est malade ! Il a même une maladie incurable et cette maladie s’appelle justement la vieillesse. Il en est même le patient le plus illustre puisqu’il est déjà le plus vieux chef d’Etat du monde. Le mal est d’autant plus grave qu’il n’est pas un Président pour inaugurer des chrysanthèmes : il est le pouvoir à lui tout seul, il est, disent ses fidèles « la seule constante ». A moins de trouver un Méphistophélès capable de lui redonner les artères de ses vingt ans (mais à quel prix !) il n’y a pas d’autre solution pour lui que de reconnaitre la réalité : le Wade de 2012 n’aura pas la vigueur de celui de 2000 et cela ne s’arrangera pas. Finie l’ère de la Caravane bleue, déjà on ne le voit plus escalader l’échelle de coupée des avions, il visite les chantiers assis sur un fauteuil, ses décisions ressemblent étrangement à des caprices et à Ndjamena on l’a vu pour la première fois bafouiller et s’empêtrer dans les chiffres.

Voila pourquoi le débat sur la constitutionnalité d’un troisième mandat peut paraitre superfétatoire. La question n’est plus de savoir ce que Wade va faire, mais comment il va finir, pour lui le passé compte désormais plus que l’avenir. Si le Conseil Constitutionnel se prononce contre sa candidature, en exerçant sa liberté d’appropriation ce serait une triste fin que celle d’un président qui après avoir profité de la transparence, en serait devenu la victime. Si la même institution approuvait en revanche sa candidature, contre l’évidence et contre l’avis de tous les spécialistes, ce serait encore plus triste : l’opposant d’un quart de siècle, celui qui avait symbolisé le combat pour la liberté d’expression terminera sa carrière revêtu du manteau de putschiste. S’il en était ainsi Wade aurait suivi un parcours déroutant : il serait arrivé au pouvoir, la tête haute, comme un héros de l’alternance démocratique, en le quittant, démonétisé, il ne serait plus que l’illustration de l’acharnement des dictateurs à le conserver à tout prix.

A l’âge où vous êtes Monsieur Wade, il vaut mieux être généreux que têtu !

lundi 1 novembre 2010

LA FRANCOPHONIE, ABDOU DIOUF, ET L’AVENIR DU FRANÇAIS EN AFRIQUE

Ce texte a été publié dans le Nouvel Horizon du 29 octobre

La Francophonie a tenu son XIIIe sommet à Montreux, dans un décorum moins chaleureux que lorsqu’elle tient ses assises en Afrique, et dans l’indifférence de la majorité des Suisses. Son sujet le plus médiatisé était l’élection du Secrétaire Général et c’est Abdou Diouf qui a été reconduit, sans surprise et sans concurrence : en Francophonie, on ne peut pas être battu quand on a le soutien de la France et du Canada-Québec, et Henri Lopès en avait fait la cruelle expérience. Ce qui est en revanche plus inquiétant pour une institution qui se veut de plus en plus politique et qui a pour vocation de préparer l’avenir, c’est qu’elle ait réélu à sa tête, et cette fois en connaissance de cause, un vieil homme qui a si peu de mémoire, alors que celle-ci est, dit-on (avec la patience et l’autorité), l’une des qualités essentielles en politique.

Bye Bye Sénégal !

Depuis qu’il a quitté le pouvoir, le deuxième président sénégalais s’est donné pour règle de ne jamais critiquer son successeur. S’il s’agit d’un deal, il est seul à le respecter, car pour sa part, Wade ne se prive pas de le tourner en dérision et Karim Wade cherche à se construire une réputation en dénonçant la gestion socialiste. S’il s’agit d’imiter Senghor ou de se conformer à ce qui se fait en Occident, c’est oublier que les vieilles nations européennes reposent sur un socle démocratique vieux souvent de plusieurs siècles, alors que dans nos Etats, les conquêtes démocratiques sont fragiles et toujours menacées. Un ancien Président de la République demeure un citoyen à part entière, qui conserve tous ses droits, y compris le droit d’inventaire. Jimmy Carter nous en a administré la preuve, il y a deux ans, en s’engageant auprès d’Obama et en participant à sa campagne. Ce n’est pas un hasard si, en France, les anciens présidents de la République sont membres de droit, et à vie, du Conseil Constitutionnel : le costume de chef d’Etat ne doit jamais être abandonné aux mites.

Dans ses déclarations à la presse et notamment dans une interview accordée au mensuel « La Revue », l’ancien Président de la République du Sénégal fait preuve au contraire à l’endroit de son pays d’une indifférence qui nous laisse perplexes. Les menaces qui pèsent sur la langue française comptent plus à ses yeux que celles qui obscurcissent le ciel de ses concitoyens et l’ont rendu insensible aux battements de cœur des Sénégalais. Il ne s’intéresse donc pas à la vie politique sénégalaise, et en donne la preuve en proférant cette contre-vérité : notre pays, dit-il, « est toujours une référence démocratique ». Ce n’est l’avis ni des institutions de surveillance des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté d’expression, ni des observateurs les plus qualifiés de la vie politique sénégalaise. L’impunité dont bénéficient plusieurs personnes de l’entourage de Wade, les tripatouillages de la Constitution, « vidée de toute sa substance » selon le mot d’un orfèvre en la matière, El Hadj Mbodj, les projets de « dévolution dynastique » stigmatisés par toute l’opinion, les restrictions apportées au code des marchés publics et de façon générale au pouvoir des institutions chargées du contrôle du train de vie de l’Etat dénoncées par les bailleurs, la laïcité en péril…, tout cela n’émeut guère M. Diouf. Il ne se soucie pas de la préservation des acquis que la pression populaire avait imposés à son gouvernement, du combat que mènent ses amis, et ceux qui lui sont restés fidèles, pour défendre son bilan. C’est comme si, en quittant le pouvoir, il y a dix ans, il avait lancé « Bye Bye Sénégal ! », sans même oser dire à son successeur : « Vous aviez bâti votre campagne sur le changement : cela vous prive du droit de répéter mes erreurs ! ». Lui qui aurait pu en remontrer à Wade pour lui avoir administré une leçon d’alternance démocratique, est devenu son obligé bienveillant, trop bienveillant.

Itinéraire d’un enfant gâté

Le long état de grâce dont il a bénéficié auprès de ses concitoyens, restés nostalgiques et peut-être aussi tétanisés par les échecs de l’Alternance, se justifie-t-il encore ? Son départ avait été un modèle du genre et semé beaucoup d’espoirs, mais aujourd’hui, sa retraite parisienne, marquée par la démobilisation et le silence, prend l’allure d’une désertion. On peut ne pas parler de Wade ou de son fils, sans pour autant se taire sur tout ce qui se passe au Sénégal, et conserver le précieux droit d’indignation. Lorsque Mandela a rendu visite aux sidéens de Johannesburg et enfilé leur T-shirt, il a fait plus que désavouer Mbekki, il a démoli un tabou, il a remis l’Afrique du Sud dans le chemin qu’il lui avait tracé. Ne pas parler de Wade, ce n’est pas non plus priver le pays de sa compassion : A. Diouf n’était pas aux côtés des parents des victimes de la plus grande catastrophe maritime de l’Histoire, en temps de paix, on ne l’a pas vu non plus marquer, par sa présence, sa sympathie aux victimes des catastrophes naturelles, pas même des naufragés des inondations de la ville de son enfance, Saint-Louis. Et que dire des « orphelins » qu’il a laissés derrière lui ? Il entame le dernier mandat public de sa vie et ce serait bien triste qu’il ne laisse que le souvenir d’un gestionnaire, sous surveillance, d’un patchwork culturel, alors qu’il a eu entre ses mains le destin de tout un peuple.

Voila, en effet, un homme qui a occupé des fonctions de niveau ministériel pendant un lustre, a été Premier Ministre pendant dix ans, puis Président de la République durant vingt ans. Il est probablement le seul sénégalais à avoir eu le privilège, de l’âge de vingt cinq ans à son départ du pouvoir à soixante cinq ans, d’avoir toujours été pris en charge par son pays. Il n’a donc jamais eu à conduire une voiture et à se préoccuper de carburant, à payer son loyer, une facture d’électricité, d’eau, de téléphone, à s’acquitter de loyer. Il n’était pas le chef du parti majoritaire en 1970 lorsqu’il fut nommé Premier Ministre, il n’a pas été élu en 1980 lorsqu’il a accédé aux fonctions de Président de la République. Dans ces deux occasions, son seul vrai atout, c’était le bon plaisir du Roi. Quand on a tant reçu de son pays, on lui fait don de sa personne, on reste à l’écoute de ses besoins, on sacrifie ce qui vous reste de vie pour être le gardien intransigeant de son image et de ses intérêts, on ne fait pas le serment de se taire même lorsqu’il est aux abois.

Diouf ne sert donc plus que la Francophonie. Sera-t-il, au terme de son dernier mandat, plus vigilant sur son sort qu’il ne l’a été à l’égard du Sénégal ? Réussira-t-il au moins à la changer, à faire cesser ce « ronronnement » que raillait Calixthe Béyala, à passer de la défense d’une langue à un engagement politique non discriminatoire ? L’OIF, quoiqu’on en dise, n’est pas le lieu privilégié pour débattre de la réforme du FMI ou de la place de l’Afrique au sein du Conseil de Sécurité, sauf à offrir une tribune à des politiciens en mal de popularité. Faut-il le rappeler : en termes d’influence, ses 70 membres pèsent moins lourd que les 4 pays du BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine). Le sommet de Montreux, premier sommet tenu depuis le drame haïtien de janvier 2010 n’avait pas pour sujet : « Comment sauver Haïti ? », il avait pour thème : « Défis et visions d’avenir pour la Francophonie », ce qui est bien moins prosaïque et peut prêter à de belles joutes oratoires. Pourtant au delà de ces grandes idées, l’OIF doit faire face à des défis spécifiques, les seuls qui peuvent justifier son existence et qui, malheureusement, sont rarement étalés au grand jour, parce qu’elle a toujours préféré le politiquement correct à l’impertinence. Pour cela évidemment A. Diouf est parfait. C’est pourtant en bousculant certains stéréotypes, dont elle a du mal à se défaire après 40 ans d’existence, qu’elle peut offrir une plus-value, par rapport aux autres organisations. L’un de ses enjeux c’est de prouver qu’on peut instaurer l’égalité entre des nations d’inégales fortunes, d’être, enfin, une institution paritaire au sein de laquelle aucun pays n’impose sa loi aux autres. Elle s’émeut périodiquement des violations des droits de l’homme en Afrique, mais on ne l’a guère entendue condamner les dérives droitières en Europe ou la stigmatisation des étrangers en France où désormais délinquance rime avec immigration. Elle laisse croire que si les Africains peuvent s’instruire à connaitre les arcanes de la vie des Européens, l’Afrique n’offre d’intérêt pour l’Occident que par ses extrêmes, comme nous le rappelle chaque jour TV5 Monde. « La chaine francophone internationale, opérateur de la Francophonie », diffusée partout dans le monde, propose chaque jour à ses téléspectateurs, les journaux télévisés complets de la France (France2), de la Suisse romande, de la Belgique (Communauté française) et du Canada. Le réseau étant gratuit, chaque africain francophone peut ainsi suivre, au jour le jour, les querelles tribales entre Wallons et Flamands, les votations suisses pour savoir si oui ou non les minarets seront autorisés et autres faits croustillants de la vie des Grands Blancs. En revanche, aucune chaine de télévision africaine n’a droit à ce privilège, aucun montage des best-off des télévisions du Sud n’est digne d’intérêt. En somme, on nous offre de regarder vivre les Occidentaux, mais eux n’ont aucune occasion de nous juger sur nos propres pièces. On répète ainsi ce déni qui faisait que l’histoire de l’Afrique était inconnue des Français, par exemple, et qui a conduit au discours de Sarkozy à Dakar.

Le français, langue africaine

Un autre défi autrement plus important, c’est celui du « syndrome du franc ». La France avait créé le franc et puis l’a abandonné après six siècles et demi de bons et loyaux services, et aujourd’hui le franc est une monnaie africaine, fragile et anachronique ! Elle reste le propriétaire jaloux de l’état civil de la langue française, mais, dans une génération, à peine 10 % des locuteurs de cette langue seront des citoyens français ! Le français recule partout dans le monde, sauf en Afrique, et dans moins d’un demi-siècle, il sera essentiellement une langue africaine, parlée par un demi-milliard d’Africains. La France se retrouvera alors dans la situation du Portugal ou de l’Angleterre : elle ne sera plus la première nation à parler sa propre langue. Elle ne renoncera pas à celle-ci, mais il n’est pas exclu que se développe en dehors d’elle, voire contre elle, un français d’outre mer qui se passera de son Académie, tout comme l’américain et le brésilien se sont émancipés de leurs langues mères.

Mais ces prévisions, optimistes pour le prestige du français, supposent deux conditions.

La première est que la scolarisation se développe et se consolide dans les pays où le français est langue d’enseignement et qui ne représentent plus que le tiers de l’OIF. On pourrait dire, en plaisantant, que la France devrait prendre en charge les budgets des ministères de l’éducation de ces pays si elle veut assurer la survie et la progression des sa langue. A défaut, elle a, au moins, le devoir d’apporter un soutien massif, et intéressé, à leurs systèmes éducatifs, et la Francophonie pourrait être l’opérateur idéal de cette coopération. Elle n’y perdrait rien, car en matière de profit, l’investissement en éducation est l’un des plus rentables. Ce n’est pourtant pas sur ce chemin que semble s’engager la Francophonie, elle préfère lâcher les poissons qu’elle tenait par ses mains au profit de ceux qu’elle ne retient que par ses pieds. Elle compte désormais plus de membres que le Commonwealth, une obsession, et qu’importe si chez certains d’entre eux, le français n’est qu’une relique ou un luxe réservé à une petite élite. Les universités d’Afrique francophone sont en pleine décrépitude, mais la Thaïlande ou Chypre sont dans la Francophonie. A l’opposé, le Commonwealth compte 54 pays dont 51 sont issus de l’empire britannique : s’il avait été aussi « tolérant » que la Francophonie, il compterait aujourd’hui autant de membres que les Nations-Unies. La famille francophone n’est pas seulement moins homogène, est-elle-même efficace : pour la défense de la langue française, l’Ukraine combien de divisions ?

La deuxième condition est que le français reste attractif, utile et rentable, pour les pays qui constituent encore le noyau dur de la Francophonie. L’exemple du Rwanda qui, en quinze ans, a basculé dans l’anglophilie puis dans l’anglophonie est édifiant et démontre que la place du français en Afrique, où il a été imposé et non choisi, n’est pas irréversible. Il suffit de faire le tour de Dakar pour se rendre compte que le monde des affaires a déjà choisi : les salons de coiffure s’appellent « Family cut » et sur les enseignes des magasins, on trouve plus souvent « Down Town » ou « Manhattan Store » que « Café du Centre » ou « Rue de Rivoli ». Plus significatif encore est le désintérêt que manifestent étudiants et chercheurs, lassés ou exaspérés par les conditions fixées pour l’attribution de visas ou la brièveté des séjours accordés. Les hommes et les femmes qui demain seront aux commandes de l’économie et de la politique de nos pays seront majoritairement portés vers le grand large ou vers des pays dont les langues nous étaient étrangères.

Le monde compterait donc 220 millions de francophones en 2010, a-t-on clamé avec fierté à Montreux. Lorsqu’on tente, au Sénégal, de se servir de la langue de Molière dans les marchés et même dans certaines administrations, lorsqu’on écoute ou qu’on lit certains représentants de « l’élite » francophone sénégalaise, on a mal pour Senghor et, surtout, on se demande si la francophonie de l’OIF n’est pas toute virtuelle. La vérité, c’est que la raison nous pousse déjà vers des pays avec lesquels nous n’avions pas de contentieux historiques, et que, demain, c’est le cœur qui jouera contre la Francophonie.

Enfin pourquoi être plus royaliste que les rois : aucun média des pays francophones du Nord n’a accordé une place significative au XIIIe Sommet de l’OIF, et Sarkozy n’a passé que quelques heures à Montreux !