Je suis historien et géographe de formation. J'ai été enseignant-formateur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Dakar, puis en charge de différentes structures et directions administratives. A la retraite depuis plusieurs années, je profite de ma liberté recouvrée pour assouvir une vieille passion : écrire. Ces dernières années, j’ai publié deux romans («Mon villages au temps des blancs » en 2000 et «La Raparille» en 2010) ainsi que trois essais (« A mes chers parents gaulois » en 2007 ; "Wade Mecum ou le wadisme en 15 mots" en 2010; "Le temps des choses jamais vues : chronique des années Wade-Sarkozy", 2013). Je publie régulièrement des chroniques dans divers journaux sénégalais (en particulier « Nouvel Horizon » et "Sud Quotidien").

samedi 21 juillet 2007

SARKOZY ET NOUS

Est-ce donc pour solde de tout compte avec nous, avec tous les pays pourvoyeurs d’immigrés, que N. Sarkozy a nommé simultanément à des postes ministériels trois femmes « issues de l’immigration » selon l’expression consacrée : Rachida Dati (Justice), Fadela Amara (Ville) et surtout la « franco-sénégalaise » Rama Yade (Droits de l’Homme) ? Après tout pareil honneur n’a jamais été accordé aux habitants des DOM-TOM, confettis éparpillés dans le Pacifique et l’Atlantique, Français à part entière pourtant depuis des siècles, Français entièrement à part qui se comptent par centaines de milliers…
Trop facile ! D’abord pourquoi cette « ouverture » ne profite pas aussi à l’institution la plus symbolique de la démocratie : le Parlement ? On remarque en effet que la nouvelle assemblée nationale ne compte aucun beur ou noir élu en métropole, aucun représentant de cette minorité de 4 millions d’habitants, alors que s’il avait voulu, comme il le prétend, que la France politique reflète la diversité française, il aurait suffit à N. Sarkozy de placer l’un d’entre eux sur l’un des quelques 400 postes qu’il était sûr de conquérir. On remarquera aussi que la promotion n’efface pas les stéréotypes et les clichés. Les trois femmes promues, connues pour leur engagement dans les causes nationales, émancipées et intégrées comme on les aime en France, bref des Françaises ordinaires, restent malgré tout désignées sous le terme presque infamant d’ « issues de l’immigration ». Pourtant deux d’entre elles, au moins, sont nées en France de pères immigrés, tout comme N. Sarkozy, à cette différence près que le père de ce dernier était lui d’origine européenne, même s’il est issu des peuples de l’est européen que l’on disait, il n’y a pas très longtemps, inassimilables en France. Ce privilège vaut à N. Sarkozy de pouvoir échapper à la stigmatisation et au triste sort d’être désigné comme « le premier président français issu de l’immigration ».
Si cette « ostracisation » n’est pas le fait du nouveau président, en revanche il lui appartient de donner la preuve que le trio de charme qu’il a choisi n’est ni un alibi, ni un faire valoir, ni une façon d’exprimer sa repentance (même si ce mot le rebute). Et là, sans lui faire un procès d’intention, nous sommes bien obligés de rester circonspects et incrédules, si on se réfère aux promesses électorales du candidat et aux parcours et discours des trois ministres.
Comme souvent, les catéchumènes font preuve d’excès de zèle et à cet égard, la très prolixe Rama Yade (que l’on surnomme déjà Télé-Rama) ne nous rassure guère. Elle a exprimé sur l’Union Européenne des positions très chauvines (que ne renieraient ni Le Pen ni de Villiers) en se prononçant contre la constitution européenne au nom de la sauvegarde de l’identité française. Elle a dit approuver l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, ce qui est une hérésie si l’on considère que le plus grand succès diplomatique de la France depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est bien son opposition, applaudie à l’ONU, à cette guerre illégitime. Il est vrai que Sarkozy s’était lui même laisser aller à jouer contre son camp lors de sa tournée de séduction à Washington alors qu’il était ministre de l’Intérieur. Enfin, on peut s’interroger sur la fidélité des souvenirs que Rama Yade a gardé de ses racines africaines puisque, interpellée par son mentor qui s’offusquait que les Africains de France persistent à porter leurs tenues traditionnelles (signe, pour lui, du refus de l’intégration), elle l’aurait rassuré en prétendant que ce faisant, les Africains ne cherchaient qu’à … rendre hommage à leur pays d’accueil ou d’adoption et à célébrer son esprit de tolérance ! Où donc est-elle allé chercher ces explications fumeuses ? Pourquoi n’a-t-elle pas appris à Sarkozy que « l’habit ne fait pas le moine » est un dicton français, et qu’au Sénégal, on n’a jamais reproché à Jean Collin de ne pas porter le sabador… Verra-t-on un jour sur le perron de l’Elysée la ministre Rama Yade dans la tenue de Mahawa Kouyaté ? Pourtant l’un des droits fondamentaux de l’Homme est celui de se voir reconnaître sa différence…
Autre inquiétude : si la politique ne se réduit pas à des conflits d’humeur et à des atomes crochus, pourquoi Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade trouveraient-elles crédit auprès des deux éminences grises de Sarkozy, Brice Hortefeux le très boulimique ministre des immigrés et son complice Christian Estrosi, ceux là même qui à chaque conseil des ministres du gouvernement Villepin insultaient Azouz Beggag, alors symbole de « l’ouverture » qu’ils sommaient de prendre la porte et d’emporter avec lui ses prétentions à promouvoir « l’égalité des chances » ? Comment aussi faire parler d’une même voix Fadela Amara, madone des banlieues et des cités et sa « patronne » au sein du gouvernement Chistine Boutin qui avait approuvé toutes les dérives verbales de Sarkozy, une femme connue pour ses positions très conservatrices voire rétrogrades, et avec laquelle elle s’était souvent opposée à travers tous les médias de France de Navarre ?
Qui donc fera les premières concessions ? Tout porte à croire que ce n’est pas Sarkozy qui lâchera du lest. Certes il a déjà renié deux de ses engagements, mais c’est justement dans les promesses les plus généreuses donc les plus volatiles. Il avait promis un gouvernement restreint et Fillon II compte plus de membres que le dernier Villepin. Il avait promis la parité hommes/femmes et il y a une femme pour deux hommes dans son nouveau cabinet. Mais pour le reste il devra bien tenir compte que son programme visait à confondre la droite et l’extrême droite et que c’est l’une et l’autre qui l’ont élu.
Il avait fait de la lutte contre l’immigration le thème central de sa campagne, une véritable « chair à canon électorale » sans se soucier de dire que l’arrivée d’étrangers en France est stable depuis des années et que le nombre de demandes d’asile y est en recul.
Il avait privilégié la répression à la prévention, pointé du doigt les familles nombreuses des polygames africains, les « géants noirs des banlieues » plus dangereux encore que les « Arabes ».
Il avait dénoncé les sans-papiers, le boat people qui infeste les côtes des Canaries et de la Méditerranée, sans exprimer de compassion à l’endroit des milliers de jeunes africains réduits au chômage par la razzia des chalutiers venus d’Europe et d’Asie et qui cherchent à fuir la misère et l’ennui.
Il a théorisé « l’immigration choisie » et peut être sans le savoir, ses trois « sarkozettes » décomplexées illustrent-elles ces « visas de compétence » que Brice Hortefeux se propose de délivrer mais seulement aux immigrants parfaits, plus attachés aux valeurs républicaines que le Français moyen, prêts à servir la France mais seulement pendant le temps et au moment où elle a besoin d’eux.
Il a crée un ministère de l’identité nationale et, l’organe créant la fonction, il y aura désormais en France un fonctionnaire chargé de gérer cette notion mouvante, de faire le tri entre ceux qui méritent d’appartenir à la nation française et ceux qui en sont exclus.
Combien pèseront Rachida, Fadela, Rama … face à ces engagements teintés d’exclusion et d’arbitraire ? Très peu probablement car N. Sarkozy a déjà fixé leur domaine de compétence. Il l’a martelé à tout le monde : il n’a pas été élu pour faire faire, mais pour faire.
Il restera aux trois sarkozettes et aux autres à méditer ce constat de J.P. Chevènement : un ministre, ça ferme sa gueule ou ça s’en va…

3 commentaires:

crismy a dit…

Combien de temps ? Combien de temps encore supporterons-nous cette arrogance, ce regard condescendant qui veut nous rabaisser plus bas que terre, qui s'érige en donneur de leçons, en penseur à notre place, essayant de nous faire croire qu'il n'a nulle intention de détenir la seule vérité ?
L'insulte dans la bouche d'Henri Guaino, dite sur un ton plus bas (peut-être pour ne pas être entendu ?. Le journaliste n'a pas relevé. Il n'a pas entendu. Et puis, c'est aussi la fin d'émission.
Mais moi, j'ai entendu. Et avec moi peut-être, les auditeurs qui écoute "L'Invité de France Inter" à 8 h 20 sur la radio publique ce mercredi 26 septembre 2007.
Une question posée, très attendue, sur le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 25 juillet dernier.
Et l'on apprend de M. Guaino,l'invité de Nicolas Desmorand ce jour-là, que ceux qui ont fait entendre leurs voix révoltées, ne sont pas très nombreux. Et donc, conclusion, pas à prendre en considération. De plus, toujours selon M. Guaino, ce discours n'avait rien de raciste. La preuve, ce passage sur la Grèce Antique qu'il nous lit. Eux aussi avaient leurs sorciers.
Nous sommes donc heureux que l'Afrique du 21ème siècle soit comparée à la Grèce Antique. Effectivement, vu comme ça, nous comprenons "le paysan africain qui vit au rythme des saisons". Là c'est pire, il est dans l'immobilisme.
Continuons.
M. Guaino conclut son intervention en envoyant balader les "soi-disants intellectuels africains" qui ont osé rendre public leur désaccord.

Comme dirait Yvan Levaï, dans sa chroniqueur du week-end sur la même radio, "soi-disant" veut dire "qui se dit être". Donc qui n'est pas. Donc sans légitimité.
Ainsi les intellectuels africains, qui ont dit tout haut ce que pensent ceux pour qui ils ont pris la parole, ces intellectuels qui ont mis au service de tous la facilité qu'ils ont de s'exprimer dans la langue de Molière, pour dénoncer l'irrespect envers les peuples d'Afrique, l'insolence et la haine dont ils sont l'objet, cett haine qui alimente tous les jours les esprits féconds des législateurs qui en sont maintenant à instrumentaliser leur ADN, ces intellectuels donc, n'ont aucune légitimité, pire, sont-ils vraiment intellectuels, et Africains (peut-être) ?
Le ministère de la parole du président Sarkozy est un moulin à paroles qui les disperse à tout vent, sans mesurer en rien, les conséquences. Et je crois qu'il s'en fout.
Henri Guaino nous confirme ce jour-là qu'il pense et dit tout ce qu'il écrit.
Le journaliste ne relèvera pas. Fin d'émission.

Ce texte avait été écrit le même jour, mais je n'ai pas eu le temps de vous l'envoyer.
Un peu plus d'une semaine après, je n'ai entendu aucune réaction.
Personne n'a donc entendu. Ou est-ce moi qui devient parano ?

crismy a dit…

Oups ! quelques fautes et je ne sais pas comment annuler. alors s'il vous plait, monsieur le webmaster, vous qui avez la main sur ce blog, considérez que vous avez là, le bon texte. Merci

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Combien de temps ? Combien de temps encore supporterons-nous cette arrogance, ce regard condescendant qui veut nous rabaisser plus bas que terre, qui s'érige en donneur de leçons, en penseur à notre place, essayant de nous faire croire qu'il n'a nulle intention de détenir la seule vérité ?
L'insulte dans la bouche d'Henri Guaino, dite sur un ton plus bas (peut-être pour ne pas être entendu ?). Le journaliste n'a pas relevé. Il n'a pas entendu. Et puis, c'est aussi la fin d'émission.
Mais moi, j'ai entendu. Et avec moi peut-être, les auditeurs qui écoute "L'Invité de France Inter" à 8h20 sur la radio publique ce mercredi 26 septembre 2007.
Une question posée, très attendue, sur le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 25 juillet dernier.
Et l'on apprend de M. Guaino,l'invité de Nicolas Desmorand ce jour-là, que ceux qui ont fait entendre leurs voix révoltées, ne sont pas très nombreux. Et donc, conclusion, pas à prendre en considération. De plus, toujours selon M. Guaino, ce discours n'avait rien de raciste. La preuve, ce passage sur la Grèce Antique qu'il nous lit. Eux aussi avaient leurs sorciers.
Nous sommes donc heureux que l'Afrique du 21ème siècle soit comparée à la Grèce Antique. Effectivement, vu comme ça, nous comprenons "le paysan africain qui vit au rythme des saisons". Là c'est pire, il est dans l'immobilisme.
Continuons.
M. Guaino conclut son intervention en envoyant balader les "soi-disants intellectuels africains" qui ont osé rendre public leur désaccord.

Comme dirait Yvan Levaï, chroniqueur du week-end sur la même radio, "soi-disant" veut dire "qui se dit être". Donc qui n'est pas. Donc sans légitimité.
Ainsi les intellectuels africains, qui ont dit tout haut ce que pensent ceux pour qui ils ont pris la parole, ces intellectuels qui ont mis au service de tous la facilité qu'ils ont de s'exprimer dans la langue de Molière, pour dénoncer l'irrespect envers les peuples d'Afrique, l'insolence et la haine dont ils sont l'objet, cett haine qui alimente tous les jours les esprits féconds des législateurs qui en sont maintenant à instrumentaliser leur ADN, ces intellectuels donc, n'ont aucune légitimité, pire, sont-ils vraiment intellectuels, et Africains (peut-être) ?
Le ministère de la parole du président Sarkozy est un moulin à paroles qui les disperse à tout vent, sans mesurer en rien, les conséquences. Et je crois qu'il s'en fout.
Henri Guaino nous confirme ce jour-là qu'il pense et dit tout ce qu'il écrit.
Le journaliste ne relèvera pas. Fin d'émission.

Ce texte avait été écrit le même jour, mais je n'ai pas eu le temps de vous l'envoyer.
Un peu plus d'une semaine après, je n'ai entendu aucune réaction.
Personne n'a donc entendu. Ou est-ce moi qui devient parano ?

Anonyme a dit…

hi, new to the site, thanks.