Je suis historien et géographe de formation. J'ai été enseignant-formateur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Dakar, puis en charge de différentes structures et directions administratives. A la retraite depuis plusieurs années, je profite de ma liberté recouvrée pour assouvir une vieille passion : écrire. Ces dernières années, j’ai publié deux romans («Mon villages au temps des blancs » en 2000 et «La Raparille» en 2010) ainsi que trois essais (« A mes chers parents gaulois » en 2007 ; "Wade Mecum ou le wadisme en 15 mots" en 2010; "Le temps des choses jamais vues : chronique des années Wade-Sarkozy", 2013). Je publie régulièrement des chroniques dans divers journaux sénégalais (en particulier « Nouvel Horizon » et "Sud Quotidien").

jeudi 5 janvier 2017

ANNÉE NEUVE, VIEUX DÉMONS !

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 5 janvier 2017

Une année vient de s’achever et nous avons tous la crainte que celle qui commence ne soit gâchée par les pitreries de deux saltimbanques, deux bouffons, d’envergure fort différente, dont l’un vient de faire une entrée fracassante sur la scène politique à la surprise générale, et l’autre refuse de la quitter, au grand désappointement de tous les démocrates. Mais la dictature prédictive ayant subi de graves revers au cours de l’année écoulée, tous les espoirs ne sont pas perdus, y compris les plus fous. En revanche, il est peu probable qu’un miracle se produise dans notre vie quotidienne et, que d’un coup de baguette magique, l’année 2017 nous fournisse l’occasion de nous débarrasser de tous les vieux démons qui appartiennent à notre histoire et que nous traînons comme des boulets…

Il y a ainsi le démon de l’incivisme, illustrée par deux images d’anthologie qui devraient nous faire mériter l’oscar du chauffeur le plus imaginatif.   

Le premier est un chauffeur de taxi qui, empêtré dans les embouteillages de la circulation, ne trouve comme solution que d’engager sa voiture… sur la passerelle qui enjambe l’autoroute dont il sait pertinemment qu’elle est réservée aux piétons ! Le second, tout aussi acariâtre, tente un demi-tour digne de James Bond sur le vieux pont Faidherbe, à Saint-Louis, au risque de provoquer un carambolage qui lui ferait perdre le temps qu’il cherche  à gagner. Dire que sous la Grèce antique et même sous la Révolution française, des hommes ont été condamnés à mort ou à la déportation pour manque de civisme !

La discipline n’est pas en effet notre fort et les deux extravagances rapportées plus haut ne constituent qu’un petit échantillon, glané dans l’année qui vient de s’achever, de notre propension  à bafouer les règles du vivre en commun. Faire la queue devant un guichet, céder la priorité, s’abstenir de jeter un détritus dans la rue, de perturber le repos de ses voisins ou de squatter le trottoir ou la chaussée… ces petits gestes là, nous ne savons pas les faire et, mieux, nous les jugeons dérisoires ou fastidieux…

Il y a aussi le démon des pesanteurs sociales, syncrétismes où s’entrechoquent les dérives de nos traditions, de nos croyances et des mauvais exemples que nous empruntons aux autres. Toutes nos cérémonies familiales (baptêmes, décès, mariages et autres commémorations) ont fini par prendre la même allure, avec le même désordre dans l’organisation, la même profusion d’argent distribué avec ostentation à des gens qui ne sont pas dans le besoin, le même étalage de nourriture et de paroles servies dans le même brouhaha.

C’est ce démon qui a poussé un homme, qu’on dit pourtant bien intégré dans la famille qui l’emploie, à assassiner froidement sa patronne pour faire face aux obligations que lui imposent les rites sociaux. L’affaire est encore entre les mains de la justice, et il est sans doute prématuré de cerner le parcours du présumé coupable, mais il n’en demeure pas moins que notre société est minée par le paraître, les extravagances et le gaspillage, et qu’elle a bâti tout un échafaudage de codes qui ne sert que les profiteurs et ne favorise ni le développement ni le progrès social. L’Etat lui-même n’échappe pas à cette frénésie : chaque tournée présidentielle dans le pays profond coûte à la collectivité l’équivalent d’une école ou d’un dispensaire, chaque participation du gouvernement à l’un des grands rassemblements religieux (qui restent tout de même des manifestations d’ordre  privé !) avoisine ou dépasse le budget annuel de certains ministères…

Il y a également le démon des basses querelles, souvent vaines, quelquefois prématurées, toujours stériles, qui décrédibilisent nos hommes politiques et nous font croire que tout est mise en scène et que leur gloire passe avant le bonheur de la collectivité. Des députés qui se querellent en séance, s’étripent même, on voit cela dans des parlements qui revendiquent des siècles d’existence. Ce qui est inadmissible, c’est que chez nous, les débats parlementaires virent souvent en foires d’empoigne, qu’on s’insulte et qu’on s’interpelle sur des questions superficielles, que nos parlementaires oublient quelquefois que l’essentiel de leur mission est de contrôler et non de servir le pouvoir exécutif, que leurs débordements et leurs états d’âme donnent un mauvaise image de leur congrégation et humilient leurs mandants…

Le pétrole a sali et abîmé des régions entières, créé des oligarques corrompus et des misères extrêmes. Pétrole, qu’as-tu fait du Nigéria, du Venezuela ou du Tchad ? Le Sénégal n’a pas encore de pétrole, il n’a que des espérances de pétrole, certes fondées, mais aucune goutte de l’or noir n’est encore sortie de notre sous-sol. Mais voila que déjà cette arlésienne sème le trouble dans notre pays, suscite des soupçons, nourrit des ambitions personnelles, installe la zizanie et prend l’allure de règlements de comptes, voila même que l’on fait pointer à l’horizon la menace d’un conflit avec nos voisins. Il serait à l’honneur de notre gouvernement de rappeler qu’il ne faut pas vendre la peau …du phacochère avant de l’avoir tué et, pour prouver sa bonne foi, de réunir une véritable conférence nationale, sur le modèle de celles qui ont changé le cours de la vie dans plusieurs nations africaines, mais avec des objectifs ciblés, et dans laquelle les débats partisans seraient exclus…

Il y a enfin et surtout, sans que cette liste soit exhaustive, le démon de l’intolérance qui représente à mes yeux la menace la plus grave que notre pays aura à affronter dans les prochaines années.

Elle a fait en 2016 une résurgence inquiétante parce qu’elle ressemble plus à une tendance qu’à un incident de parcours. Elle n’est pas que religieuse, elle est plus largement la manifestation du refus de toute expression personnelle qui ne soit pas conforme à des règles préétablies et qui composent un dogme social. Ainsi il a fallu exfiltrer un imam, menacé de lynchage, parce que, semble-t-il, il avait émis des réserves sur la manière dont on commémorait au Sénégal la naissance du Prophète (PSL) ; fort différente de celle qui a cours dans les pays arabes. Pourtant le rôle d’un imam c’est, comme le rappelait l’un d’entre eux, « d’être un vecteur de savoirs, et non un donneur de leçons ». Ainsi des individus  ont été molestés, menacés de mort ou contraints de se cacher parce qu’ils avaient fait sur des comportements ou sur des hommes des commentaires ou des observations qui, à leurs yeux, n’étaient ni des insultes ni des blasphèmes. Pourtant en Islam, il n’y a d’infaillibilité que celle de Dieu et il est du devoir du croyant de combattre l’aliénation et l’instrumentalisation de la religion. Les meilleurs défenseurs de la tolérance, ce sont les croyants eux-mêmes et, au nom du précepte bien connu et selon lequel « c’est l’enfant de ta mère qui peut te dire que ton haleine est mauvaise », il appartient à ceux au nom desquels ces imprécateurs prétendent parler d’agir en sorte que le dialogue et la reconnaissance de nos différences soient préservés…


« C’est avec des mots, et non avec des idées, qu’on fait des vers ! » avait dit un poète à un mauvais rimailleur. C’est avec des actes forts, et non avec de belles paroles, que l’on peut changer le destin d’une nation. Souhaitons donc qu’en 2017 nous fassions, tous, l’effort de nous débarrasser de quelques uns de nos vieux démons…

BONNE NOUVELLE : ISRAËL SUSPEND SON « AIDE» AU SÉNÉGAL !

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 27 décembre 2016

Barack Obama termine son mandat en beauté : par le pari le plus audacieux, le plus courageux, le plus conforme  à l’idée que l’on se fait d’un grande puissance éprise de paix et de justice qu’un président américain ait prise depuis près de quarante ans sur la crise israélo-palestinienne. Ce n’est pourtant pas un défi, c’est même un geste qui peut paraître banal, c’est une main levée, non pour dire « niet », comme le font si souvent les Russes et avant eux les Soviétiques, mais pour dire clairement que trop c’est trop. La position du président américain se résume en quelques mots : « Je ne peux pas avoir toujours raison contre tout le monde, je m’en remets à la sagesse de mes pairs, et, surtout, je refuse d’obéir aux menaces et au chantage ! ». La résolution 2334 du 23 décembre 2016 du Conseil de Sécurité, approuvée par 14 pays sur 15, à laquelle il n’oppose pas son veto, et qui exige « l’arrêt immédiat et complet des activités israéliennes de colonisation dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est », est un camouflet pour Tel-Aviv. Elle peut contribuer, avec la sortie de Cuba du lazaret dans lequel l’avaient enfermé les Etats-Unis, à faire en sorte que Barack Obama mérite un peu mieux le Prix Nobel de la Paix qui lui avait été attribué trop tôt.

L’Etat d’Israël est l’une des rares nations du monde à devoir son existence à une résolution des Nations-Unies, décision d’ailleurs anti-démocratique puisque votée contre la volonté de la majorité de la population  palestinienne composée alors d’arabes pour les deux tiers. Paradoxalement, Israël est aussi le pays qui bafoue le plus fréquemment les décisions de cette assemblée, avec une désinvolture qui touche à la provocation et au mépris de la communauté internationale, comme vient de le montrer encore sa diplomatie qui traite de « ligue anti-israélienne » les pays qui ont voté la dernière résolution du Conseil de Sécurité. Israël a déjà annoncé qu’il ne l’appliquera pas, pas plus qu’il n’a appliqué plusieurs dizaines de résolutions de la même instance stigmatisant le traitement des réfugiés, les actes de violence, l’expulsion de populations civiles, les expropriations ou les crimes commis par les forces de sécurité. Depuis près de soixante-dix ans, ses gouvernements successifs n’ont jamais cessé de défier les lois internationales. Ils n’ont jamais voulu appliquer les principes mêmes qui avaient présidé à sa création et qui stipulaient que la Palestine serait partagée en deux Etats, arabe et juif, et que Jérusalem resterait une entité séparée. Ils ont bafoué impunément un principe reconnu par tous et qui proscrit toute annexion d’un territoire conquis par la force et qui fait que l’occupation de Jérusalem et de territoires palestiniens est illégale. Ils ont enfreint les dispositions de la Convention de Genève qui interdit à la puissance occupante « de déporter ou de transférer une partie de sa population civile dans les territoires qu’elle occupe… ».

Depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, le gouvernement Netanyahu, le plus réactionnaire qu’ait connu Israël, a multiplié les provocations à l’endroit de son plus proche allié, de son principal soutien économique et militaire, celui dont il s’est servi comme parapluie face aux injonctions de la communauté internationale. Il s’est ingénié à faire échouer l’accord sur le nucléaire iranien dans lequel Obama s’était beaucoup investi. Sur la crise israélo-palestinienne, il a gelé délibérément les négociations sur tous les dossiers sensibles, est resté intransigeant sur les colonies, accélérant même leur création puisque 100.000 colons ont été installés sur des terres palestiniennes au cours des huit dernières années. On peut même dire qu’il y a du racisme dans le manque de considération manifesté à l’endroit du président Obama, réduit à une malheureuse parenthèse, puisque, contrairement à tous les usages diplomatiques, le Premier Ministre israélien s’est permis de rendre visite au Congrès américain sans en aviser dans les formes le chef du pays hôte. Aujourd’hui, il poursuit  dans la même veine en s’adressant  directement au président élu, mais non encore investi, comme s’il était déjà aux affaires, et  les rues des villes israéliennes sont déjà pavoisées d’ affiches saluant l’arrivée de Trump comme celle de l’homme qui va « rendre à Israël sa grandeur » ! A tous ces titres, on doit saluer le geste symbolique du président américain, même si sa portée est limitée, puisque Barack Obama est à la fin de son mandat et que la résolution votée n’a pas de caractère contraignant. Il était temps, comme l’a dit son ambassadrice à l’ONU, de rappeler qu’il fallait « faire le choix entre la colonisation et la séparation ».

Mais pourquoi Israël sort-il la Grosse Bertha pour tirer sur tout ce qui bouge, alors que le texte voté est, de l’avis même de ses alliés traditionnels, un document équilibré, qui ne ménage pas les Palestiniens non plus et qui ne fait que réaffirmer le droit ? Pourquoi sommer des ambassadeurs à répondre à sa convocation un jour de Noel, alors qu’il aurait crié au blasphème si son diplomate subissait le même sort le jour du shabbat ?

Pourquoi cible-t-il tout particulièrement le Sénégal, avec à l’appui des menaces de rétorsion, alors que notre pays a porté cette résolution, après la capitulation égyptienne sous la pression (déjà !) de Trump, en même temps que d’autres nations plus riches et qu’en fin de compte 14 pays l’ont signée, dont l’Angola et l’Egypte ? Parce qu’Israël a fait de la victimisation une arme dont il use à toutes les occasions. Parce que sa tactique  a toujours été de frapper les faibles et d’exiger la soumission de tous à sa volonté. Parce que son vrai domaine de compétence, celui où il ne compte aucun rival, c’est la sécurité et le renseignement, que ses fonctions de barbouze du monde et sa capacité de nuisance font peur aux hommes de pouvoir et représentent un instrument de chantage contre les pays pauvres.

Qu’avons-nous à perdre en cas de retrait de son aide, bien trop conditionnelle et relativement modeste ? Très peu, et en tout cas pas l’honneur. Il n’y a aucune gloire à bénéficier de l’assistance d’un pays qui est lui-même l’un des plus aidés du monde, comme l’atteste l’accord de défense d’un montant de 36 milliards de dollars signé il y a quelques mois entre les Etats- Unis et Israël. Il y a de l’indignité à bénéficier des fonds publics d’un pays dont la richesse ne vient pas seulement du fruit de son travail, certes indéniable, et qui entre autres exactions, n’hésite pas à confisquer les recettes fiscales de son petit et malheureux souffre douleur.


Pour toutes ces raisons nous disons « Bye-bye Israël ! ».

LE QUART D’HEURE DE GLOIRE DE ADAMA BARROW

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 6 décembre 2016

« A l’avenir, avait prédit Andy Warhol, chacun aura son quart d’heure de célébrité mondiale ». Adama Barrow, qui vient d’être porté à la présidence de la Gambie, a eu son moment puisqu’il a réussi  à renvoyer les faits et gestes des grands de ce monde en pages intérieures de nos journaux et de ceux d’autres régions du globe, par exemple le renoncement de François Hollande à la candidature aux élections présidentielles françaises ou le coup de téléphone échangé entre Donald Trump et la présidente de Taïwan. On ne savait rien de lui il y a quelques jours, sa vie, son parcours sont désormais sondés, disséqués, commentés dans tous les médias. La divine surprise qui lui a valu cette soudaine et fugace notoriété, ce n’est pas que Yaya Jammeh ait eu moins de voix que lui, la divine surprise c’est que le président sortant en ait fait le constat sans chercher à user d’autres recours et qu’il se soit trouvé en Gambie un homme pour lui rappeler que face à l’évidence il n’avait pas d’autre choix honorable… Sans doute les nations méritent-elles plus que quinze minutes car, ce faisant, Yaya Jammeh et Momar Alieu NJie, le premier malgré lui et le second en connaissance de cause, ont fait que ce 2 décembre 2016 aura été véritablement la journée de la Gambie…

Une des leçons que l’on peut tirer de la déconfiture d’un homme qui depuis plus de vingt ans concentre entre ses mains tous les pouvoirs, y compris celui de vie et mort de ses concitoyens, c’est que pour venir à bout de cette forme d’oppression, les opposants et les militants de la bonne gouvernance doivent auparavant jeter leur ego aux orties et travailler non pour leur propre gloire mais pour le triomphe des principes qu’ils portent en bandoulière. Ils doivent accepter de s’effacer, si nécessaire, derrière celui d’entre eux qui a le plus  d’atouts, selon la conjoncture  du moment, et quelquefois, de sacrifier leur carrière au profit du bien commun. Trop souvent dans nos pays l’opposition est une armée mexicaine au sein de laquelle chaque chef de parti brandit son image et ses prétentions et entretient une escouade de laudateurs et de clients auxquels il promet monts et merveilles. En Gambie, l’opposition a su faire cause commune comme il convient dans les moments décisifs, elle a su échapper au syndrome Gilchrist Olympio-Jean Pierre Fabre, éviter (pour le moment) les querelles de chapelles et les reniements, elle a donné sa chance à un néophyte en politique plutôt que de se focaliser sur la primauté de l’opposant historique…

Une autre leçon est que les institutions ne valent que ce que valent  les hommes et les femmes qui les servent. La tournure des événements en Gambie aurait sans doute été différente s’il y avait eu à la tête de la Commission électorale indépendante  un homme docile ou zélé, prêt à tout pour rester dans les bonnes grâces du régime. La vérité c’est qu’il n’y a pas, à proprement parler, de justice indépendante, il n’y a pas d’instruments de régulation infaillibles, en revanche il peut y avoir des juges et des régulateurs qui savent résister aux pressions, celles des familles, celles de la rue, celles des chefs religieux, celles des lobbies financiers, et bien sûr, celles du pouvoir en place, et quelquefois au péril de leurs vies. Ceux là savent que, selon l’expression d’Edward Abbey, « un  patriote doit toujours être prêt à défendre son pays contre son gouvernement… ».

Je n’ai pas épuisé la liste des leçons que l’on peut tirer des événements de Gambie, mais il y en a au moins une que je ne peux passer sous silence. On peut la formuler comme suit : les hommes politiques, plus à l’aise dans l’esquive et dans l’esbroufe, font souvent des paris dont ils ne mesurent pas l’ampleur lorsqu’ils prennent Dieu à témoin et s’érigent en relais entre Lui et leurs concitoyens. Yaya Jammeh s’était auto-attribué de multiples et ronflants titres, dont ceux de Docteur et d’El Hadj, il se déplaçait dans les lieux les plus profanes en tenant ostensiblement à la main un Coran, sans s’inquiéter de la dangereuse confusion des symboles puisque l’autre main tenait ce qui ressemble à un sceptre. Il aurait intérêt, maintenant qu’il a des loisirs, à bien (re)lire le Livre Saint. Il y trouverait cette sentence : « Allah ne change rien chez un peuple tant que ce peuple n’a pas procédé à son propre changement » (Coran XIII.11). Pour le malheur du président défait, le temps était venu pour le peuple de Gambie de ne plus accepter de supporter l’injustice et la tyrannie, et les élections constituaient une formidable occasion pour le lui faire savoir. C’est surtout maintenant, alors qu’il est redevenu un citoyen ordinaire, plus vulnérable et moins entouré, que Yaya Jammeh, qui ne veut plus être que le paysan de Kanilai, aura besoin, non de brandir le Coran, mais de se plonger dans sa lecture et de solliciter le pardon de Dieu, à défaut de celui des hommes.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, car la transmission du pouvoir par des voies légales est un phénomène inconnu en Gambie. Toutefois un deuxième quart d’heure de célébrité serait des plus fâcheux pour Adama Barrow, et il faut souhaiter que son investiture, dans deux mois, ne fera pas le gros des titres de la presse mondiale, tout simplement parce qu’elle ne sera plus qu’une banale cérémonie protocolaire et l’expression de l’alternance démocratique…


mardi 11 octobre 2016

MENSONGES ET MANIPULATIONS

NB Texte publié dans "Sud Quotidien" du 10 octobre 2016

Ainsi donc nous sommes dans le temps des mensonges et des manipulations politiques…

Rien de nouveau dans le monde, me dira-t-on : du prétendu coup d’éventail porté au « consul » de France par le dey d’Alger (1827), à la dépêche d’Ems (1870), pour ne nous en tenir qu’à l’histoire de la France, les politiques ont toujours usé de manœuvres et de  délations pour légitimer leurs forfaits. Plus récemment, c’est sur la base de fausses informations, c’est en produisant des documents fabriqués de toutes pièces pour l’occasion, que Bush et Sarkozy ont conduit les bombardements qui ont détruit l’Irak et la Libye et installé la guerre civile sur leurs territoires.

Les droits humains sont souvent habillés des dépouilles de sordides ambitions politiques…

Pourtant, jamais comme aujourd’hui les acteurs politiques, presque sans exception, les communicateurs souvent, qu’ils soient modernes ou « traditionnels », et même, de plus en plus, les personnes investies du titre de chef religieux, n’ont usé aussi abondamment de mensonges et de manipulations pour parvenir à leurs fins. Jamais comme aujourd’hui la « communauté internationale » n’a subi sans réaction vigoureuse autant de propos émaillés de menaces, d’injures et de falsifications de l’histoire que ceux par lesquels s’illustrent le premier ministre hongrois Viktor Orban ou Donald Trump candidat aux élections américaines…

Notre pays n’échappe évidemment pas à l’épidémie, et nos médias font chaque jour leurs choux gras des reniements, des calomnies, des déballages d’hommes et de femmes dont la seule vraie ambition est de faire parler d’eux. Mais nos mensonges et nos manipulations ne sont que menu fretin face aux constructions sophistiquées de ceux qui sont à la fois les gendarmes, les juges et les bien-pensants du monde. 

Nous nous en tiendrons à la France, parce qu’en dépit des ruptures formelles opérées il y a quelques décennies, elle  continue à peser  fortement sur notre vie, au plan économique, politique et médiatique. Il se trouve par ailleurs qu’elle vit ces moments privilégiés pendant lesquels prospèrent les excès de langage : une crise économique persistante et la proximité d’élections  décisives. Jusqu’ici les outrances verbales étaient surtout le fait des dirigeants du Front National et de quelques intellectuels « faussaires, experts en mensonge » selon les mots de Pascal Boniface, intellectuels fongibles  dont la cible préférée reste invariablement nous, les  étrangers, les immigrés et les musulmans. Mais le filon s’épuise et Eric Zemmour se pend à sa propre corde lorsqu’il affirme qu’aucun citoyen de France ne doit plus s’appeler Mohamed et que tous les Français doivent porter des prénoms français ! Autant dire que Dany Boon, né Hamidou, s’est fait débaptiser pour rien… Mais au fait c’est quoi un prénom « français », puisque Louis ou Henri, prénoms de plus de vingt rois de France, sont d’origine germanique ? Faudrait-il que des célébrités comme Johny Halliday ou Tony Parker ou les petits Kevin ou Ryan qui prolifèrent depuis peu sur le sol français retournent  dans les centres d’état civil? Cela réglerait-il d’ailleurs le problème car, même  en se faisant appeler René et Nicole (prénoms qui du reste sont d’origine latine et grecque),le dessinateur Enki Bilal ou la ministre Najat Belkacem ne parviendraient pas à faire oublier leurs « infamantes » racines bosniaque ou maghrébine ?

L’habit, dit-on chez nous, peut cacher le corps, pas la généalogie.

Mais si l’on peut abandonner Zemmour dans son trou, comme aurait dit Alain Badiou, on ne peut pas ne pas s’alarmer quand ce sont des femmes et des hommes politiques qui ambitionnent de diriger la France, qui, désormais, alimentent cette dangereuse surenchère.

François Fillon vante ainsi sans retenue les bienfaits de la colonisation.

Hervé Mariton veut effacer le droit du sol, vieux de plusieurs siècles.

Manuel Vals fait du burkini une affaire d’Etat quand, ailleurs, les chefs de gouvernement se donnent pour règle de ne pas régenter l’habillement de leurs concitoyens…

Mais le champion toutes catégories de ces dérives, l’adepte du « Donald Trumpisme », stratégie qui consiste à multiplier les bourdes et les provocations au point de donner le tournis à l’opinion qui reste toujours en retard d’une indignation, c’est un ancien président de la république française ! « Quelle inculture ! », aurait dit Mitterrand en parlant de Rocard. « Quelle vacuité ! », pourrait-on dire dans le cas de Nicolas Sarkozy qui s’attache à bafouer les valeurs sur lesquelles la France a bâti son crédit.

Sarkozy ignore que le mythe des ancêtres Gaulois est une invention du XIXe siècle, que c’est le contexte historique qui a fait préférer les Gaulois aux Francs et que dès le VIIe siècle toute connotation ethnique avait disparu entre les deux composantes.

Sarkozy ignore que la laïcité, arrachée au début du XXe siècle,  c’est aussi le respect mutuel, qu’elle garantit la liberté, y compris celle de s’habiller selon son choix, que les lieux publics sont des lieux de confrontation respectueuse et de débat et non d’exclusion. Il dresse les Français les uns contre les autres, il dresse contre la France ses amis qui ne sont pas Français mais francophones ou francophiles. Il n’est pas encore au pouvoir que déjà il somme les Gabonais, qui lui demandent des comptes, de rentrer chez eux !

François Hollande a dit publiquement que Trump n’était pas un « candidat politique sérieux » et que ses excès de langage provoquaient chez lui « un sentiment de haut-le-cœur ». La victoire de Trump, a-t-il ajouté, serait « dangereuse », parce que selon lui, les élections américaines sont des « élections mondiales »…

Les élections présidentielles françaises ne sont certes pas mondiales, mais elles sont largement « africaines » par les effets qu’elles peuvent avoir sur notre quotidien. S’ils avaient le sens de la répartie, s’ils voulaient faire preuve de courage politique et suivre le raisonnement de Hollande, les chefs d’Etats d’Afrique de l’ouest et du centre devraient d’ores et déjà proclamer à leur tour que le retour aux affaires de Sarkozy représente un « danger » pour la coopération franco-africaine.

Parce que ce serait le retour de l’homme qui a envahi la Libye contre l’avis de l’Union Africaine.

Parce que ce serait l’arrivée au pouvoir d’un homme prêt à renier tous ses engagements, qui aujourd’hui dit vouloir combattre la « tyrannie des minorités », terme qui ne désigne dans son esprit que la communauté musulmane, qui veut dans ce but, interdire le voile à l’université et dans les entreprises, supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires.

Parce que c’est celui qui, ignorant sans doute que 63% des immigrés qui entrent en France ont le niveau du baccalauréat, veut réduire « drastiquement » l’immigration, alors que l’Allemagne, qui n’a pas de « pré carré », a accueilli 1.200.000 étrangers sans s’effondrer.

C’est celui qui veut procéder à « l’assimilation » des immigrés, à marche forcée, et qui sans doute ignore aussi que la moitié d’entre eux sont d’origine européenne, comme l’étaient ses propres parents.

C’est celui qui veut suspendre le regroupement familial consacré pourtant par la Convention européenne des droits de l’homme.

C’est celui qui envisage de remettre en cause le droit du sol, alors que son père n’a acquis la citoyenneté française qu’en 1975, et qui est prêt à violer la constitution en autorisant la rétention administrative des personnes fichées S et le placement préventif des suspects…

Le premier Sarkozy, qui se disait gaulliste, a donné le discours de Dakar, le prochain, qui siphonne le programme du Front National, pourrait faire pire !



jeudi 21 avril 2016

CI-GÎT LA SOLIDARITÉ HUMAINE !

NB : texte publié dans « Sud Quotidien » du 4 avril 2016

Faut-il qu’ils soient bien malheureux, désespérés, désemparés, faut-il qu’ils soient déboussolés, qu’ils n’aient rien à perdre ou qu’ils n’attendent plus rien de la vie, faut-il qu’ils soient ignorants, mal informés ou naïfs, faut-il qu’ils soient téméraires, casse-cou ou irresponsables, pour que ces hommes et femmes venus de Syrie, d’Irak, ou de plus loin encore, sans armes et sans bagages, continuent à se ruer sur les plages des îles grecques, à frapper aux portes éparpillées d’une Europe qui n’est plus qu’un bunker gardé par une armada de gendarmes et de juges dont la seule mission est de les refouler ?

Peut-être ont-ils simplement perdu la raison, parce que la guerre tue et jusqu’à la raison ! Parce que si des actes de guerre sont commis en France ou en Belgique, eux, la guerre, ils l’ont vécue dans le corps et dans la tête, la guerre, la vraie, celle qui détruit les villes et les routes, brise les foyers, qui installe le désordre et rend les lendemains incertains…

Depuis ce lundi, l’Europe se réjouit de se voir débarrassée d’eux, mais n’est-ce pas une victoire à la Pyrrhus et, surtout à quel prix elle a été acquise ? La vérité, c’est que, par sa transaction politique avec la Turquie, l’Europe a, de bas en haut, « marché à pieds joints sur ses principes », ces principes qu’elle aime tant rappeler aux autres…

Au sommet de l’édifice, il y a l’Union Européenne, forte de 28 nations. Non contente de signer avec la Turquie un accord que beaucoup jugent illégal au regard du droit international, elle trahit ses engagements en renvoyant les migrants vers un pays qui n’est pas totalement partie prenante de la convention sur les réfugiés et elle ferme les yeux sur le sort de ceux qui parmi eux ne sont ni syriens ni irakiens. Comme au beau temps du Code Noir, elle traite en marchandises des hommes et des femmes qui, pour la plupart, représentent l’élite politique et sociale de leurs pays et les « vend » à la Turquie pour 3 milliards d’euros !

Au palier suivant, il y a les Etats, et les plus généreux ne sont pas ceux qui, il y a moins de trente ans, vivaient dans l’asservissement et sous des dictatures et rêvaient d’évasion. En Pologne, dans le pays de Lech Walesa, le parti au pouvoir a propagé des propos mensongers sur la charia, poussé la mauvaise foi jusqu’à prétendre que les migrants étaient porteurs de maladies disparues en Europe et qu’ils avaient déjà gangrené les pays du nord de l’Europe qui leur avaient ouvert leurs portes. Il a sans doute oublié qu’en d’autres temps, pendant la deuxième guerre mondiale, des militants polonais avaient trouvé refuge jusqu’en Iran et qu’aujourd’hui, un polonais sur dix est expatrié à l’ouest de l’Europe. En Pologne, la patrie de Jean Paul II, la charité chrétienne est sélective : charité bien ordonnée commence par les Polonais d’Ukraine et des voix ont suggéré que l’on « tue » carrément les migrants musulmans pour éviter le « retour des invasions turques » !

Descendons encore  d’un palier, allons sur le terrain, à la rencontre des citoyens. Nous sommes dans le XVIe arrondissement de Paris, dans l’amphithéâtre d’une université, au milieu de parisiens qui sont parmi les plus privilégiés de la capitale française et les  mots volent bas. « Salope ! Brosse à caca ! » lancent des dames distinguées à l’adresse de la sous-préfète venue leur présenter un projet visant à installer à la lisière du Bois de Boulogne, un campement d’urgence, modulaire, provisoire, pour deux cents sans-abris. Quant à l’architecte chargé d’en délivrer les caractéristiques, il s’est vu traiter de « clown » et surtout de « fauteur de trouble », ce qui est sans doute la pire injure dans ce quartier… Les plus conciliants avaient fait preuve d’une incroyable mauvaise foi, expliquant que les migrants seraient bien malheureux dans un quartier où la baguette de pain coûte 1 euro, que les arbres pourraient les blesser en cas d’orage ou que le spectacle de la faune nocturne du Bois choquerait leurs enfants…

Les étudiants, témoins involontaires de la scène, ont peut-être cru qu’il s’agissait d’un happening, d’un exercice thérapeutique par lequel la bonne bourgeoisie se défoulait à bon compte. 


L’Europe s’émeut à juste raison des actes commis par des criminels sans foi ni loi auxquels elle a donné le nom d’ « islamistes » et qui collent aux musulmans comme la crotte de chien colle aux semelles du promeneur, mais elle semble oublier que les réfugiés qui viennent de Syrie ou d’Irak méritent aussi sa compassion. Ils sont eux aussi les victimes des mêmes assassins, ce sont des résistants qui représentaient la partie la plus hostile à leur propagande, parce que la plus éveillée à la liberté et au progrès, et leur exil achève la ruine de leurs pays. L’Union Européenne (500 millions d’habitants, 2e puissance mondiale) a vu ses fondement ébranlés par l’afflux d’un million de réfugiés politiques, comment peut-elle croire que la Turquie, qui est un pays en guerre, non respectueux des normes démocratiques européennes, pourrait en recevoir le triple, de façon digne et durable ?

LE SÉNÉGAL : UN PAYS EN VOIE DE « DEFRANCOPHONISATION »

NB : texte publié dans « Sud Quotidien » du 19 mars 2016

C’est au Sénégal, il y a juste deux cents ans, qu’est née l’école publique et laïque en langue française en terre africaine. L’établissement n’avait évidemment pas pour vocation de former des élites et il fallut plus d’un siècle pour que l’école française produise son premier bachelier sénégalais. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, l’autorité coloniale n’encouragera pas, c’est le moins qu’on puisse dire, les jeunes africains à accéder à l’université ; comme l’illustrent les parcours chaotiques d’un Mamadou Dia, d’un Assane Seck ou d’un Amadou Mahtar Mbow… Néanmoins le français avait pris racine au Sénégal, il était parlé notamment dans les « Quatre Communes », c’était la langue des assemblées ou des conseils locaux .De David Boilat à Ousmane Socé Diop en passant par Mapathé Diagne, les Sénégalais seront parmi les premiers africains à traduire en langue française leurs rêves ou leur imagination…

C’est au Sénégal que furent implantés le premier lycée assurant l’enseignement en français et le premier établissement à caractère fédéral pour la formation de cadres dans des domaines aussi essentiels que l’enseignement ou la santé…

C’est un Sénégalais qui fut le premier africain agrégé en grammaire française, c’est un Sénégalais qui fut le premier africain titulaire d’un doctorat d’état, en histoire, dans une université française…

C’est un Sénégalais qui « porta en ses mains périssables » le sort de ce qui devait devenir la Francophonie, qui  fut l’artisan le plus engagé et l’avocat le plus constant de l’union des pays ayant le français en partage…

C’est un Sénégalais qui fut le premier africain admis à l’Académie Française…

Enfin on pourrait clore cette énumération des lettres acquises par notre pays dans la défense et l’illustration de la langue française en rappelant que le Sénégal a été le premier pays africain à accueillir un sommet de la Francophonie, et le seul à en avoir abrité deux.

sont les francophones ?

Tout cet héritage semble menacé aujourd’hui, et l’on peut dire que si la langue française ne meurt pas au Sénégal, elle y est en ruines. Notre pays se « défrancophonise » lentement et doublement. Quantitativement, si on peut dire, parce que l’usage de la langue française s’y réduit comme peau de chagrin, qu’elle déserte la rue, et qu’en  matière d’alphabétisation nous sommes à la traine par rapport aux autre pays francophones d’Afrique de l’Ouest et surtout du Centre. Qualitativement parce qu’une partie des élites sénégalaises ne se soucie plus de la parler avec l’harmonie, la clarté et la rigueur que cultivait Senghor, qui doit se retourner dans sa tombe de Bel Air.

Le voyageur qui débarque à l’aéroport qui porte le nom de l’ancien président est frappé par le fait qu’une fois franchi le contrôle de police, il doit affronter une faune de cokseurs et d’intermédiaires en tous genres dont aucun ne maîtrise ce qui reste pourtant la langue officielle du pays dont il foule le sol.

Le touriste qui fréquente nos hôtels, fait ses courses dans nos taxis, visite nos marchés, rencontre les mêmes difficultés, et à Sandaga il a plus de chance de trouver des interlocuteurs qui parlent italien, voire russe, que de croiser des partenaires qui maîtrisent la langue de Molière.

La vérité, c’est qu’aujourd’hui nos étudiants, nos hommes politiques, un bon nombre de nos enseignants, quelquefois à un niveau très élevé, s’expriment en français avec moins d’aisance que les balayeuses de rues d’Abidjan ! La réalité c’est que, souvent, nos « libraires par terre », qui n’ont jamais été à l’école, ont plus de culture française que beaucoup parmi nos bacheliers.

Comment expliquer que RFI, autoproclamée « radio mondiale », puisse interroger les poissonnières du marché de Libreville, les marchandes de cacahuètes de Grand-Bassam, les camionneurs du Burkina, les paysans camerounais ou les réfugiés centrafricains et qu’elle obtienne d’eux des réponses dans un français fluide, alors qu’à chaque fois qu’elle se livre au même exercice dans les rues de Dakar, elle doit se résoudre à user des services d’un interprète ! Ce n’est donc pas un hasard si les festivals africains du rire, en langue française, se tiennent à Abidjan ou Libreville plutôt qu’à Dakar…

Assis entre deux langues

Si la rue ivoirienne s’est faite inventive, si elle s’est appropriée la langue française comme on prend possession d’un « butin de guerre », si elle l’ a enrichie d’images et d’expressions dont l’Académie Française devra bien tenir compte un jour ou l’autre, au Sénégal le greffon s’étiole au point qu’on ne semble même plus savoir quelle place accorder à un instrument dont on use depuis deux siècles. Les Sénégalais donnent l’impression d’être assis entre deux langues, ce qui n’est jamais confortable, et s’expriment en ignorant le génie de l’une et de l’autre. On passe de l’une, ou des unes, à l’autre dans les instances les plus officielles, le discours tourne au charivari, il s’allonge mais il se disperse, s’abâtardit et se dissout.

Mais le plus grave, ce n’est pas que le français soit chassé des cours de nos écoles, de nos bureaux, de nos réunions, y compris souvent au niveau le plus élevé. Le plus grave, c’est que ceux qui s’en servent, non contents de l’écorcher (après tout on peut pardonner des fautes d’orthographe !), n’en comprennent pas le sens au point de ne pouvoir exposer clairement leurs idées ou de saisir le sens des discours qu’on leur tient. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » et ce qui est mal compris s’exprime avec difficulté, c’est donc faute de bien comprendre la langue dans laquelle ils sont formulés que les mots manquent à nos élèves pour disserter sur un sujet de philosophie ou résoudre une équation mathématique.

Tout  le dilemme se résume en quelques mots.

Tant qu’il restera notre langue officielle, et même lorsqu’il ne sera plus que notre langue de communication internationale, nous devons faire mieux qu’enseigner le français. Nous devons apprendre à le comprendre et nous évertuer à le parler, dans sa richesse et dans ses nuances.

Mais nous pouvons estimer que notre pays ne peut se contenter de reposer son système éducatif sur une langue dont l’état-civil même est sous le contrôle exclusif d’une puissance étrangère. On ne peut toutefois pas la jeter par-dessus l’Atlantique sans avoir pris la précaution de combler le vide, sans armer nos langues dites nationales, sans les rendre utiles et efficaces, sans forger des outils didactiques, former des maîtres, entreprendre un vrai travail de recherche et de modernisation.


Ce chantier là est presque vierge. En tout cas, il dépasse largement la seule « codification » de nos langues qui semble être la seule préoccupation de nos  services éducatifs. Mais, au-delà de l’enjeu scientifique, il y a un choix politique qui doit être conduit avec exigence et justice.

jeudi 10 mars 2016

HOLLANDE A OUBLIE LA GRANDEUR !


Texte publié dans « Sud Quotidien » du 2 janvier 2016

L’honneur d’un chef d’Etat, ce n’est pas seulement d’être le premier citoyen de son pays, c’est d’être le meilleur à toutes les occasions, ce n’est pas de faire ce qui plait à la majorité de son peuple, mais de préférer ce qui est bien pour l’ensemble de ses concitoyens.

François Hollande a préféré se fier aux sondages pour orienter sa politique, quitte à se dédire, ou à trahir l’héritage d’un parti dont les fondements mêmes sont de garantir la justice et l’équité sociale. Il a choisi de faire plaisir, et cela consiste aujourd’hui, en France, à chercher son inspiration dans le programme du Front National qui se définit comme « le premier parti de France ».

Si Charles De Gaulle s’était contenté de respecter les vœux des Français, il n’aurait pas décidé d’accorder l’indépendance à l’Algérie, il aurait de ce fait violé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et installé la violence dans son pays pour de nombreuses années.

Si François Mitterrand n’avait pris en compte que le choix exprimé par la grande majorité de ses concitoyens, il n’aurait pas aboli la peine de mort en France et aurait ainsi manqué le grand rendez-vous de la gauche avec l’Histoire.

Si Nelson Mandela avait répondu à l’appel de la nation, il aurait brigué un second mandat présidentiel qui aurait sans doute terni sa légende et l’aurait soumis aux suppôts des politiciens.

Si Barak Obama n’avait fait qu’appliquer les programmes qui avaient la préférence du peuple américain et de ses représentants, il n’aurait ni mis en place la réforme sociale qui restera un des grands héritages de sa présidence, ni mis autant d’énergie à tenter de limiter la prolifération des armes aux Etats-Unis…

Enfin, si Angela Merkel n’avait eu pour horizon que le confort des Allemands qu’elle s’était promis d’améliorer, elle n’aurait pas ouvert les portes de son pays à 1.200.000 réfugiés, alors que ses voisins français tremblent à l’idée de devoir accueillir 30.000 d’entre eux !

Il y a un monde entre le président français, socialiste, et la chancelière allemande, classée conservatrice, et cela s’appelle la grandeur. Le premier flatte les instincts les plus bas, ceux qui font le lit de l’extrême droite qu’il cherche à conquérir, la seconde a imposé la générosité aux plus réticents de ses militants. Pourtant aujourd’hui, c’est de grandeur que la France a besoin, parce qu’elle  a cessé d’être la destination privilégiée des bannis et des exilés, elle n’est plus attractive, elle n’est qu’une escale, un transit obligatoire, elle n’est pas l’objectif des réfugiés qui fondent sur l’Europe. Quand ils arrivent à entrer en Allemagne, ils y restent ; quand ils sont en France, c’est pour pouvoir gagner l’Angleterre !

La grandeur, M. Hollande, ce n’est pas seulement d’envoyer ses troupes en Afrique ou de bombarder la Syrie, car la guerre n’a jamais été le meilleur moyen pour résoudre les crises. La grandeur c’est aussi de ne pas rejeter ni insulter les blessés de la guerre, du désordre et de la dictature. Mme Merkel l’a compris parce qu’elle a vécu leur sort.

La grandeur, ce n’est pas seulement de célébrer les morts, d’aller haranguer les foules, de commémoration en commémoration et de faire pleurer Margot. La grandeur, c’est aussi de se pencher sur le sort des vivants et de leur redonner leur dignité. La grandeur, M. Hollande, ce serait, après avoir déposé des fleurs  sur les sépultures, d’aller tremper vos chaussures dans la gadoue de La Grande Sythe, tout près de Dunkerque. Ici « vivent » dans la déchéance la plus complète, 3000 réfugiés (dont 200 enfants), réduits à l’état de sous-hommes (20 toilettes, 40 douches, etc.) dans un pays qui se targue d’être la cinquième puissance du monde !

La grandeur, surtout quand on est l’autorité suprême, c’est de refuser de céder à la solution facile du bouc émissaire et de s‘attacher à rechercher les causes sociales du désordre et des violences. La grandeur, ce n’est pas de regarder vos obligés les yeux dans les yeux pour leur dire la vérité toute crue, et de la taire à vos clients, « d’engueuler » le  Burundi et de ménager l’Arabie Saoudite ou la Chine. La realpolitik, M. Hollande, et cela vaut pour tous vos collègues, c’est rarement une politique de grandeur !

La grandeur, lorsqu’on honore les héros, c’est de ne pas oublier les plus humbles, ceux dont les prouesses ont peu de chance d’être mises en scène par les médias internationaux. Lassana Coulibaly a d’autant plus de mérite qu’il n’était qu’un petit employé en situation précaire et qu’il aurait pu se contenter de sauver son seul bien : sa vie ! F.Hollande a estimé qu’il l’avait suffisamment récompensé en lui attribuant la nationalité française, il a réservé la Légion d’Honneur aux héros américains.

La grandeur, ce n’est pas de remettre en cause ce droit au sol qui a fait  l’originalité de la France en Europe et l’a élevée au rang de terre d’asile et d’émancipation. C’est de refuser d’accréditer cette thèse selon laquelle il existerait en France deux catégories de citoyens, les Français «de souche» que l’on punit quand ils fautent, et les «Français à points» que l’on renie quand ils commettent les mêmes erreurs. La loi sur la déchéance de la nationalité française que veulent promouvoir Valls et Hollande n’est pas seulement d’efficacité douteuse puisqu’elle s’appliquera principalement à des Français morts ou peu désireux de la conserver, elle n’est pas seulement discriminatoire, elle crée un crime héréditaire puisque sans avoir rien fait, les enfants des déchus se retrouveront eux-mêmes dépouillés de patrie !


« La France, c’est ma mère, et ma mère on n’y touche pas ! », s’était exclamé Jamel Debbouze il y a un an, après les massacres de janvier. Hollande lui  signifie, à lui et à tous ceux qui comme lui se battent, souvent depuis deux générations, pour se faire accepter citoyens à part entière, que malgré leurs élans patriotiques et leurs trémolos, la France ne sera plus pour eux qu’une mère adoptive qui, à la moindre alerte, les restituera à leur mère biologique !

L’INCENDIE

        
Texte publié dans « Sud Quotidien » du 26 décembre 2015


« L’affaire Lamine Diack » va-t-elle mettre le feu au Sénégal ? Ce serait le comble puisque, si on en croit « Le Monde », c’est justement pour préserver notre pays de l’embrasement que pourrait provoquer la réélection d’un vieil autocrate accroché au pouvoir et à sa « dévolution monarchique », contre l’avis de son peuple, que l’ancien président de l’IAAF aurait cédé à des marchandages frauduleux.

La guerre n’est pas faite pour les vieillards !

Ouvrons d’abord une longue parenthèse pour mesurer les paradoxes de cette affaire.

Le montant que Platini reconnait avoir reçu de S. Blatter est supérieur à celui qu’on accuse L. Diack d’avoir soutiré au président de la fédération russe d’athlétisme. Platini comme Diack se seraient passés de documents comptables et se seraient contentés d’accords verbaux. C’est plus compromettant pour le Français qui appartient à une culture qui n’accorde de crédit qu’à ce qui est écrit, mais apparemment cela n’a choqué personne. Diack, selon ses aveux au Monde, ne se serait pas enrichi par le montant reçu, ce qui n’est pas le cas de Platini qui a tiré un profit personnel de l’opération. Platini a été sanctionné par une suspension, mais ses censeurs parlent d’imprudence plutôt que de corruption, contrairement au soupçon qui pèse sur Diack.

En somme la naïveté est une excuse pour le Français, un crime pour le Sénégalais. Bien entendu, les comités d’éthique des deux organismes qui les employaient sont diversement appréciés : celui qui a condamné Platini est jugé pourri, celui qui n’a pas défendu Diack est préservé de l’opprobre. Enfin, Platini est porté aux nues par son pays où, toutes opinions confondues, on vante sa pureté et sa compétence, sans s’attarder au montant qu’il a reçu et qui est sans rapport avec le travail qu’il aurait fourni, alors que Diack ,déjà condamné par l’opinion occidentale, ne trouve que quelques rares défenseurs dans son propre pays…

Quelle leçon tirer de cette analyse ?

Elle se résume en un vieux et célèbre précepte qu’on peut réactualiser comme suit : «Vérité au-delà de la Méditerranée, erreur en deçà…» Le premier tort de L. Diack, c’est de l’avoir ignoré, de ne pas s’être souvenu des obstacles opposés à Mbow ou à J. Diouf, de la suspicion permanente qui pèse sur nos élites lorsqu’elles occupent des postes stratégiques, d’avoir introduit son fils dans une institution faite par et pour le Nord qui en fournit toutes les ressources et en revendique tous les bénéfices.

En attendant que la justice se prononce, « l’affaire Diack » est en train d’enflammer notre pays.

L’incendie est d’abord au sein même de la famille Diack .En proclamant par voie de presse qu’il « n’a jamais participé à une réunion politique » avec son père, « ni à aucune distribution d’argent à des opposants »,qu’il « n’a reçu aucun argent des mains de Balakhnichev » ,le fils se décharge de toute responsabilité dans l’affaire et se démarque du père qui, selon Le Monde, aurait dit au juge que son fils était la seule personne susceptible de dire « qui au Sénégal a reçu l’argent des Russes ».

Au fond on peut se demander en quoi le fils a servi son père !

Enfin, Diack fils n’est pas plus tendre en justifiant les aveux compromettants attribués à son père par « le poids de l’âge ». Pourquoi ne l’a-t-il pas poussé à partir plus tôt, avant le naufrage, puisque la vieillesse était l’un des reproches que l’on faisait à Wade, l’ennemi juré de son père ? Pourquoi L. Diack, qu’il ne jugeait pas trop vieux pour gérer l’IAAF, dont le budget se monte à 70 millions de dollars, le serait devenu subitement quand il s’agit de se justifier face  à l’enquêteur ?

L’incendie est aussi dans la classe politique. L’encre du Monde n’était pas encore sèche que le principal parti d’opposition, faisant feu de tout bois, sortait précipitamment, sans réunir ses instances, un communiqué excessif et outrageant dont les termes ont été démentis quelques heures plus tard par la source même des informations. D’autres politiques sortaient des bois pour lancer des flèches empoisonnées qui se transformeront en boomerangs ! Et comme souvent, le pouvoir réagira non par l’explication mais par le recours à la force policière. C’était pourtant plus simple d’édifier l’opinion, de donner des preuves, d’inviter à l’éclatement de la vérité et de traduire les calomniateurs devant la justice !

Mais l’incendie le plus grave est à venir. Lamine Diack est connu pour l’aide et le parrainage qu’il a assurés à de nombreux mouvements politiques et de la société civile .Lorsque les noms de ceux qui parmi eux ont mangé au râtelier russe seront connus et publiés, des légendes s’écrouleront, des réputations seront anéanties. Cet incendie là au moins sera salutaire.


Restera à faire en sorte que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets…

LA GLANDE DE VANITE


Texte publié dans « Sud Quotidien » du 17 novembre 2015

J’ai du mal à comprendre l’émoi suscité au sein des médias et de l’opinion en général, ainsi que la virulence des réactions épidermiques de certains membres du gouvernement suite à la publication de deux informations, somme toute banales, que sont l’admission du Sénégal au Conseil de Sécurité des Nations Unies et le classement de notre pays parmi les vingt cinq nations les plus pauvres du monde.

Elu mais sans voix !

Etre membre non permanent au Conseil de Sécurité, ce n’est pas un privilège en soi, c’est la résultante d’une mécanique. C’est le strapontin réservé à tous les Etats membres de l’ONU qui n’ont pas le privilège de disposer d’un droit de veto, et, à tour de rôle, il peut revenir au grand Brésil (200 millions d’habitants) ou au petit Vanuatu, cent fois moins peuplé. Il est attribué selon des équilibres géographiques et des rotations quasi mathématiques, au point que chaque pays peut savoir approximativement dans quel délai il peut accéder à ce rôle de figuration. Cette présence donne bonne conscience aux cinq membres permanents et crée l’illusion que leurs décisions sont agréées par l’ensemble de la planète. Dans la réalité, le membre non  permanent est dépourvu du seul  pouvoir qui compte, celui de s’opposer à l’adoption d’une décision par le Conseil .En 2011, les trois membres africains n’ont pas pu empêcher l’invasion de la Libye à laquelle était opposée l’Union Africaine .Même le score de voix obtenu par notre pays lors de son élection n’est pas une prouesse : nous ne sommes en guerre contre aucun Etat, nous ne sommes pas une dictature sanguinaire et notre candidature est portée par l’Union Africaine !

Bref, s’il n’y a pas de honte à être membre non permanent du Conseil de Sécurité, il n’y a pas non plus de quoi se glorifier. Ou plus précisément, c’est seulement au bout de son mandat de deux ans que le Sénégal pourrait avoir quelque légitimité à se flatter, à condition de prouver que s’il n’a pas changé le monde, il a su résister aux pressions extérieures et défendre les intérêts de notre continent. Ce qui n’est pas chose aisée…

Pauvre, mais à sa place !

Quand on est le 33e Etat d’Afrique par la superficie, le 25e par la population, qu’on n’a ni pétrole ni métaux précieux, qu’on n’est jamais sûr de recevoir des gouttes de pluie d’une année à l’autre dans des quantités et des délais compatibles à la survie d’une bonne agriculture, quand on connait le mode de calcul du PIB, qui est une mesure souvent très abstraite, on peut rester zen lorsqu’on vous classe au 25e rang des pays les plus pauvres, parmi lesquels, faut-il le préciser, 22 sont africains. On peut déjà se consoler d’être parmi les meilleurs dans sa région : le deuxième au sein de l’UEMOA (8 pays), le cinquième au sein de la CEDEAO (15 pays).Plutôt donc que de s’égosiller à nier le probable voire l’évidence, avant même que les chiffres avancés ne soient confirmés, les autorités auraient du au contraire exploiter l’information pour bâtir un marketing stratégique fondé sur trois principes :
  • la faible performance du Sénégal ne peut pas être mise sur leur compte, celui d’un gouvernement qui n’est aux affaires que depuis trois ans ;
  • s’il faut situer les responsabilités, il faut les faire porter par ceux qui ont exercé le pouvoir pendant cinquante ans et qui n’ont de toute évidence pas trouvé les moyens et les stratégies nécessaires pour réaliser un bond qualificatif ;
  • pour faire mieux, il faut mettre en place des réformes de fond et de grande envergure !

Voila comment on peut, sans forfanterie, tirer une leçon de ses déboires car cette dernière exigence peut servir à justifier le Plan Sénégal Emergent ou à fonder la lutte contre la corruption.

Cette manie de souvent préférer la défense à l’attaque, de réfuter tout ce qui ne flatte pas notre ego, de se perdre dans de vaines querelles s’explique par la seule et même raison : nous, Sénégalais, avons une glande supplémentaire que les autres n’ont pas, une glande de vanité qui nous fait croire que nous sommes toujours et sur tout, au-dessus du monde entier. Certains invoquent le passé colonial, ce qui n’est pas un vrai signe de confiance en soi. D’autres font référence à une prétendue protection divine, à l’action souterraine et invisible de nos saints, comme si nous étions seuls à en avoir, comme s’ils avaient oublié que le fait d’avoir abrité celui que la plupart d’entre eux placent au-dessus de tous les hommes n’a pas empêché l’Arabie Saoudite d’être ensanglantée par des accidents et des attentats.

Nous sommes cités parmi les 25 pays les plus pauvres ? Alors renonçons aux chimères comme ce fut le cas quand, oubliant son rang, notre pays battit campagne pour revendiquer la place africaine de membre permanent du Conseil de Sécurité, dont le principe même était loin d’être acquis. Renonçons aux éléphants blancs, au gaspillage, au culte de la personnalité et au fatalisme, et prenons l’engagement d’être, dans dix ans, dans le lot des cent pays les plus riches ! Ce serait déjà pas mal…

C’est aussi notre glande de vanité qui dans une toute autre affaire nous pousse à croire qu’un de nos compatriotes est innocent simplement parce qu’il est fils de notre terroir, et que le monde entier le lui envie. Lamine Diack reste innocent tant qu’il n’a pas été condamné, il a besoin de notre soutien et de notre affection. Mais ni l’un ni l’autre ne peuvent constituer des arguments à sa défense et la parole de ses avocats a plus de force que celle de sa famille.


Acceptons-le, définitivement : nous sommes, comme tout le monde, tenus de fournir des efforts, de donner des preuves de notre bonne foi, et les incantations n’y peuvent rien !