Je suis historien et géographe de formation. J'ai été enseignant-formateur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Dakar, puis en charge de différentes structures et directions administratives. A la retraite depuis plusieurs années, je profite de ma liberté recouvrée pour assouvir une vieille passion : écrire. Ces dernières années, j’ai publié deux romans («Mon villages au temps des blancs » en 2000 et «La Raparille» en 2010) ainsi que trois essais (« A mes chers parents gaulois » en 2007 ; "Wade Mecum ou le wadisme en 15 mots" en 2010; "Le temps des choses jamais vues : chronique des années Wade-Sarkozy", 2013). Je publie régulièrement des chroniques dans divers journaux sénégalais (en particulier « Nouvel Horizon » et "Sud Quotidien").

jeudi 4 juillet 2019

AH ! QUEL MALHEUR D’AVOIR UN FRERE !



Publié dans « Sud Quotidien » du 8 juin 2019

Les hommes et les femmes de ma génération, tout au moins ceux et celles qui ont fréquenté l’école coloniale, qui faisait l’impasse sur notre passé mais ne nous épargnait rien sur les coulisses de l’histoire de ce qu’elle appelait la « métropole », ont peut-être gardé en mémoire les déboires de l’un des premiers présidents de la Troisième République française, Jules Grévy, dont le gendre avait été accusé de trafic de décorations (à raison tout de même de l’équivalent de 200 millions de francs CFA pour une Légion d’Honneur !). L’affaire avait fait grand bruit et sous la pression de la rue, des journalistes et de la classe politique, Grévy avait été poussé à la démission, entrainant dans sa chute celle du Président du Conseil qui avait cherché à le protéger. Quant au beau-fils, l’homme par qui le scandale était arrivé et qui était député, son immunité parlementaire avait été levée, il avait été condamné à la prison et à une forte amende… avant d’être acquitté en appel, non parce qu’on l’avait disculpé, mais parce que la cour avait jugé que les décorations qu’il avait fait distribuer étaient authentiques et qu’aucune loi ne condamnait le trafic d’influence. Il sera même rétabli à son poste, sous les huées, et… réélu pour un autre mandat.
Le scandale laissera néanmoins des traces dont la plus prévisible est d’ordre juridique car, comme il fallait s’y attendre, le Parlement adoptera une loi pour que le trafic d’influence ne reste pas impuni. « L’affaire des décorations » alimentera une campagne de dénigrement de la classe politique, fera la joie des chansonniers, inspirera les caricaturistes et les auteurs dramatiques et donnera naissance à un vaudeville dont le titre était censé reprendre le cri de cœur de Grévy : « Ah ! Quel malheur d’avoir un gendre ! ».
Quel malheur, en Afrique, d’avoir des frères, des enfants, une belle sœur… quand on est Président de la République, et d’Alger à Bamako en passant par Tunis, les familles seraient-elles devenues le talon d’Achille de nos chefs d’Etat ? Toutes les affaires de dévolution de privilèges qui occupent nos médias nous donnent l’occasion de souligner que la vraie force des démocraties qui ont inspiré nos constitutions et dont nous avons du mal à respecter les règles, ce n’est pas que leurs hommes politiques sont plus honnêtes que les nôtres, c’est plutôt que dans ces pays, la loi s’applique à tous les citoyens avec la même rigueur et surtout que chaque élu est tenu d’assumer personnellement ses responsabilités. Dans nos républiques, les politiques répugnent à pratiquer un exercice quelquefois douloureux mais qui souvent les grandit : la démission. Pourtant celle-ci est le moyen idéal pour limiter les dégâts et placer les intérêts de la nation au-dessus de ceux d’un individu. On peut à titre d’exemple, rappeler que la démission du président Nixon a finalement fait l’économie d’un déballage qui n’aurait pas grandi la démocratie américaine et a préservé la cohésion nationale. La démission peut être aussi pour celui qui est suspecté de crime, l’occasion de donner la preuve qu’il est prêt à affronter la justice à armes égales avec ses accusateurs, et ce fut la position qu’avait prise Bernard Tapie, qui n’est pourtant pas un modèle de probité, lorsqu’en 1992, alors qu’il était ministre, il avait été suspecté de recel et d’abus de bien sociaux.
Je ne parle évidemment pas des démissions pour convenance personnelle ou pour désaccord politique.
Dans notre histoire récente, un seul homme politique, Mamadou Seck, avait pris le risque de se démettre de ses fonctions ministérielles et de ne revenir au gouvernement qu’une fois levés tous les soupçons qui pouvaient ternir sa réputation.
La femme de César ne doit pas être soupçonnée !
Je laisse à d’autres le soin de débattre du fond de l’affaire qui éclabousse le maire de Guédiawaye et du niveau des préjudices subis par notre pays, qui nécessitent probablement des investigations plus sérieuses que les spéculations auxquelles se livrent certains allumeurs de feu. Mais, même en tenant compte du sacro-saint principe selon lequel tout suspect est présumé innocent tant qu’il n’est pas condamné, on peut faire un double constat qui au fond traduit d’abord le manque d’expérience et de références historiques de notre personnel politique.
Le premier est qu’il en est d’un frère du Président de la République comme il en était de la femme de César : il ne doit pas seulement être honnête, il doit aussi en avoir l’apparence. Lorsqu’il y a un doute et que l’accusation est portée non par quelque feuille de chou anodine, mais par une institution quasi centenaire, dont l’indépendance et le prestige sont incontestés, dont le budget représente plus de la moitié de celui du Sénégal, et lorsqu’on est un élu et qu’on est censé devoir ses fonctions à la confiance de ses concitoyens, la moindre des choses c’est de se libérer de tous les parapluies sous lesquels on s’était abrité pour se mettre à la disposition de la loi. On y gagne à deux fois puisqu’on épargne par la même occasion celui vers lequel sont dirigés les coups les plus forts.
La deuxième observation qui découle de l’immaturité de nos politiques, c’est que dans le cas qui nous concerne ici, nos dirigeants, ignorant la leçon de leurs homologues français qui s’étaient évertués à prendre leurs distances vis-à-vis d’Alexandre Benalla (qui il est vrai n’était pas le frère du Président) se sont livrés à un véritable exercice d’autoflagellation et imprudemment transformé un fait divers en affaire politique. Alors que  l’opinion avait retenu de l’affaire, du moins telle qu’elle avait été présentée par la presse, comme une affaire privée, impliquant principalement un homme politique, un affairiste dont la réputation était déjà passablement sulfureuse, voilà que le gouvernement sonne le branlebas, convoque son ban et son arrière ban, mobilise ses ministres (et parmi eux le ministre de la justice !) pour nous rappeler que cet homme était d’abord le frère du Président de la République et que sa défense était une affaire d’Etat.
Voilà ce qui s’appelle tendre à ses ennemis un bâton pour se faire battre !

jeudi 30 mai 2019

LES DIX MILLE MENSONGES DE M. TRUMP



NB : Texte publié dans « Sud-Quotidien » du 27 mai 2019

Au 30 avril 2019, après 828 jours passés à la Maison Blanche, Donald Trump, président des Etats-Unis d’Amérique, 72 ans, milliardaire, sain de corps (pour l’esprit, certains, dont apparemment Mme Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des Représentants, émettent des doutes), a proféré très exactement 10.111 mensonges. Il n’a cessé d’améliorer ses performances, passant d’une moyenne de 6 mensonges quotidiens au début de son mandat, à 22 par jour dans les premiers mois de 2019, dimanche et jours fériés compris. Son pays qui pouvait se vanter d’être la première puissance industrielle, commerciale, scientifique, culturelle et militaire du monde peut désormais ajouter un autre titre à son palmarès : celui d’avoir le président le plus menteur de la planète et sans doute de l’histoire. Le Washington Post a décerné à Donald Trump le brevet de Menteur en Chef !
C’est peut-être une obsession chez moi, mais j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi cette chimère qu’on appelle « Communauté internationale » et qui se réduit en réalité à une dizaine de nations, est si peu prompte à réprimer les erreurs et bavures commises dans les pays du Nord, alors qu’elle sanctionne très sévèrement celles dont les auteurs sont au Sud. Aucun chef d’Etat d’Europe ou d’Amérique du Nord n’accepterait de signer un traité, d’entretenir une amitié sincère avec un président africain qui renie tous les engagements souscrits par son pays, au mépris du droit international, sur la base d’arguments cousus de fil blanc et que la science, la logique, le bon sens réfutent. Pourtant, malgré ses mensonges et ses palinodies, Donald Trump échappe aux critiques de ses pairs et ne fait l’objet d’aucun ostracisme !
Des mensonges calibrés et itératifs !
Ses mensonges ont été propagés par tweets, discours et annonces officielles, dans des meetings et des réceptions, et le recensement cité plus haut ne prend pas en compte ceux qui ont été tenus dans l’intimité de sa chambre à coucher ou au téléphone avec ses enfants ou ses collaborateurs privés tenus au secret. Ils ne résultent pas d’une estimation grossière, approximative, comme celle que l’on fait à vue de nez pour évaluer la richesse d’un gisement de pétrole. Ils ne sont pas le fruit des élucubrations d’amuseurs publics, de chansonniers ou d’humoristes, de journaux spécialisés dans la caricature ou l’outrance. Ils ont été répertoriés, enregistrés, classés par des experts en fake-news appartenant à des médias sérieux et fiables qui disposent de moyens d’investigation conséquents. L’une de leurs sources est le New-York Times, sans doute le quotidien le plus influent et le plus prestigieux du monde, qui a investi plusieurs millions de dollars pour se doter d’une antenne créée ex nihilo à Washington et consacrée exclusivement à l’écoute des propos du président. Son rival, le Washington Post, qui est pour ainsi dire dans la fosse au lion, tient une véritable base de données des mensonges et affirmations inexactes du locataire de la Maison Blanche, classés selon leur gravité et selon les sujets abordés. Les  examens cliniques établis par ces journaux et par d’autres observateurs nous enseignent que ces mensonges sont « calibrés », avec un pic en période électorale et une moindre fréquence en période de mer calme. Ils sont souvent itératifs et comportent de nombreux « doublons ». Ainsi et à titre d’exemples, Trump a répété 160 fois que la construction d’un mûr entre les Etats-Unis et le Mexique avait déjà commencé, ce qui reste faux, et 143 fois qu’il était à l’origine de la plus grande réduction d’impôts de l’histoire de son pays, ce qui est également inexact ! Il lui est même arrivé de remplacer un mensonge par un autre mensonge, et c’est ainsi qu’après avoir prétendu, il y a quelques années, que son père était d’origine suédoise - (reprenant tout simplement une contrevérité que ce dernier avait lui-même propagée à une époque où l’Allemagne était montrée du doigt, ce qui prouve que bon sang ne saurait mentir !) - il a affirmé récemment, avec la même assurance et la même mauvaise foi, que son père était Allemand, né en Allemagne dans « un endroit (!) formidable ».
« Formidable » comme « énorme » ou « extraordinaire », font partie du champ lexical de Donald Trump qui est d’une affreuse pauvreté !
On aurait pu traiter tous ces mensonges à la légère, malgré le statut de leur auteur, s’ils n’étaient que le résultat de son ignorance. Après tout, « L’Amérique d’abord ! », c’est surtout « L’Amérique seulement ! », et dans le parti de M. Trump beaucoup se vantent de n’être jamais sortis des Etats-Unis, de ne rien connaitre du reste du monde ni de tout ce qui n’est pas leur spécialité. Ronald Reagan ne savait pas très bien où se trouvait la Jamaïque et il n’est donc pas étonnant que Donald Trump ne sache rien de l’Afrique. Lorsqu’il affirme que les sons des éoliennes  provoquent le cancer, il ment, mais il est sans doute de bonne foi.
On peut aussi se contenter de sourire des mensonges qu’il commet par fatuité, car il reste fondamentalement un fanfaron. Comme lorsqu’il prétend qu’il est le premier président américain à avoir relevé la solde des GI qui servent en Irak, alors que celle-ci est réévalué systématiquement chaque année. Comme lorsqu’il estimait sa fortune à plus de 8 milliards de dollars, alors que Forbes jugeait qu’il n’avait que la moitié de ce pactole, ce qui était déjà impressionnant. Non seulement il commettait un mensonge, mais il allait à l’encontre des habitudes des hommes d’affaires qui ont plutôt tendance à sous-évaluer leur patrimoine, pour limiter les frais d’impôts par exemple.
Toutes ces affabulations sont rémissibles car, comme le dit un proverbe de chez nous, « si le mensonge fait le déjeuner, il ne fera pas le dîner », et ceux que commet M. Trump par vantardise ou par bêtise ne feront jamais long feu.
Une parole démonétisée !
D’autres mensonges pourraient, hélas, avoir des conséquences tragiques. Les guerres naissent souvent de malentendus ou de travestissements de la vérité et les blagues de Donald Trump, qui ne se fie qu’à son intuition et ne fait pas confiance à ses services de renseignements qui sont pourtant les meilleurs du monde, pourraient devenir des erreurs tragiques. Il s’était déjà fait remarquer, il n’y a pas longtemps, en prétendant, à tort, que DAESH était anéanti et qu’on pouvait rappeler toutes les forces qui étaient à sa poursuite, ce qui était pour le moins précipité et dangereux. Avec les tensions qui s’accroissent au Moyen Orient, son alignement irréfléchi sur les positions les plus extrémistes d’Israël, qui rêve d’un embrasement du monde arabe, pourrait l’amener à propager des mensonges qui mettraient tout simplement en cause la paix dans le monde…
En espérant qu’une telle catastrophe ne se réaliserait pas, on peut dire que le mal est déjà fait dans son pays et que le regard que les Américains portent sur le premier d’entre eux en est tout bouleversé. Aux Etats-Unis, la vie publique des élus a toujours été soumise à l’observation des citoyens, il n’y a guère longtemps les Américains avaient contraint à la démission l’ancien président Richard Nixon et le fondement de leur reproche était qu’il leur avait menti. C‘était encore un mensonge qui, quelques années plus tard, avait conduit du Capitole à la Roche Tarpéienne un autre de leurs présidents, Bill Clinton. Les mensonges de Trump ont fait perdre des centaines de milliers de dollars à une entreprise qui avait parié sur son intégrité, ils pourraient le rendre passible de parjure pour complicité avec la Russie. Mais quoiqu’il arrive, il a d’ores et déjà perdu toute crédibilité aux yeux de ses concitoyens et désormais  moins de trois américains sur dix croient à ses déclarations. La réalité c’est qu’avec Trump, la parole même de la première personnalité du pays est affaiblie, c’est que le message présidentiel s’est banalisé. En vérité, dit un observateur, le chef de la plus grande puissance mondiale est devenu un personnage de série de télévision : avec lui, désormais, la légende l’emporte sur la vérité !


lundi 20 mai 2019

DU MUSEE DE RIO A NOTRE DAME DE PARIS : LA DISCRIMINATION EST CULTURELLE AUSSI !



NB : Texte publié dans Sud-Quotidien du 16 mai 2019

Il y a un peu plus de huit mois, le 2 septembre 2018, le Musée de Rio de Janeiro, Musée National du Brésil, s’embrasait brutalement et l’incendie réduisait en cendres la quasi-totalité des 20 millions d’objets de grande valeur qui constituaient ses collections. Pourtant l’évènement, cette catastrophe culturelle, n’a pas soulevé dans le monde le même écho, le même élan de sympathie, la même émotion que l’incendie qui, le 15 avril dernier, avait ravagé partiellement la cathédrale de Paris. Les médias du monde ne lui ont pas donné la place qu’il méritait, les politiques, les chefs d’Etats en particulier, ne se sont pas bousculés pour exprimer publiquement leur compassion et apporter leurs contributions et ceux qui, comme le président français, avaient fait des offres ne les ont pas respectées. La collecte de moyens financiers réunie au profit du musée de Rio se chiffre à ce jour en dizaines de milliers d’euros et ses dirigeants en sont encore à mendier de l’aide pour le doter de containers et d’étagères afin de sauver ce qui a échappé au feu. Pour Notre Dame, les dons et promesses de dons ont dépassé le milliard d’euros en quelques jours, alimentés par de petits, de grands et même de très grands mécènes, pour la plupart nationaux il est vrai. L’explication de cet écart ne repose ni sur l’ancienneté ni sur la qualité architecturale des édifices dévastés, elle ne découle pas non plus du fait que l’un abrite une institution laïque alors que le second est un lieu sacré. Ses vraies raisons, c’est qu’en culture aussi, comme en politique et comme pour les désastres sociaux, les mêmes évènements n’ont pas la même résonance et n’invitent pas aux mêmes actes de générosité selon qu’ils se déroulent au Nord ou au Sud. Nos chefs d’Etat ont marché et même pleuré pour Charlie, leurs homologues européens n’ont pas défilé pour Ogossagou, l’incendie du MoMA de New York, un Andy Warhol qui brûle, auraient eu dans le monde un autre retentissement que l’embrasement du Musée de Rio ou la combustion d’un de ses trésors, « Luzia », le plus vieux fossile humain découvert dans le sud du continent américain…
Un patrimoine à jamais perdu !
Pourtant, et contrairement à Notre Dame, ce qui a été détruit à Rio n’est ni restaurable ni remplaçable. Si l’édifice où est logé son musée ne revendique que deux siècles d’existence, ce qui peut paraitre jeune face aux presque mille ans de la cathédrale de Paris, ce qui y a été détruit a l’âge de l’Humanité. Ce n’était pas qu’un musée, c’était un lieu de savoirs et de recherches, et même si son siège n’est autre que l’imposant ex Palais impérial, c’est moins le contenant que le contenu qui importe dans son cas. Ce ne sont pas seulement des toitures qui se sont effondrées à Rio ou des murs qui sont calcinés, ce sont des documents qui ont disparu à jamais. Ce que les flammes ont emporté, c’est le fruit de plusieurs décennies d’investigations, ce sont des objets fabriqués par des peuples de chasseurs-cueilleurs disparus ou qui ont changé d’existence, ce sont des enregistrements audio dans des langues que personne ne parle plus, ce sont des collections uniques au monde d’objets, d’armes, de parures d’indigènes, fabriqués avec une ingéniosité oubliée et dans de rares matériaux, c’est le plus vieux crâne, le plus vieux fossile de dinosaure découverts en Amérique du Sud. L’Afrique a sa part puisque ce musée avait la plus importante collection d’antiquités égyptiennes d’Amérique Latine ainsi que les témoignages les plus précieux de la culture et de l’histoire de l’ancien royaume du Dahomey.
On peut dire que la calamité qui s’est produite à Rio a effacé une partie des traces de la mémoire historique, scientifique, culturelle du Brésil, et que de manière générale, le monde perd certains des plus vieux témoignages sur le passé et l’anthropologie d’un continent quand il ne portait pas encore le nom d’un illustre inconnu nommé Amerigo…
Cinq leçons pour l’Afrique
A défaut de pouvoir porter secours aux victimes nous, nos responsables politiques et culturels, devrions pour le moins tenter de tirer des leçons de cette tragédie.
Même s’il occupait un cadre prestigieux, le Musée de Rio était déjà pénalisé par un environnement qui n’était pas celui que les gouvernants aiment présenter aux touristes. Il se trouvait dans un quartier excentré, déclassé, paupérisé, mal sécurisé au point que ses agents fuyaient leurs bureaux avant la tombée de la nuit.
Avant d’être ravagé par l’incendie, il avait été la victime du mépris des politiques, il avait été mis au pain sec, subi des coupes budgétaires qui avaient mis à mal son patrimoine. Il avait, dit un de ses dirigeants, souffert du « manque de soutien et du manque de conscience » des autorités, toutes tendances confondues.
Il n’avait donc pas bénéficié de moyens suffisants pour assurer la pérennité de ses collections en procédant notamment à leur numérisation.
Après le déclenchement de l’incendie, les services de secours, et notamment les sapeurs-pompiers, ne s’étaient pas montrés à la hauteur de la catastrophe et s’étaient révélés insuffisants, inadaptés ou trop lents à réagir.
Enfin, et c’est peut-être le plus important, le faible écho fait à cette tragédie, le niveau dérisoire de l’aide qui a été apportée aux dirigeants du musée, notamment au plan international, nous fournissent la preuve que pour les catastrophes comme pour la vie de tous les jours, nous devons d’abord compter sur nous-mêmes.