Je suis historien et géographe de formation. J'ai été enseignant-formateur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Dakar, puis en charge de différentes structures et directions administratives. A la retraite depuis plusieurs années, je profite de ma liberté recouvrée pour assouvir une vieille passion : écrire. Ces dernières années, j’ai publié deux romans («Mon villages au temps des blancs » en 2000 et «La Raparille» en 2010) ainsi que trois essais (« A mes chers parents gaulois » en 2007 ; "Wade Mecum ou le wadisme en 15 mots" en 2010; "Le temps des choses jamais vues : chronique des années Wade-Sarkozy", 2013). Je publie régulièrement des chroniques dans divers journaux sénégalais (en particulier « Nouvel Horizon » et "Sud Quotidien").

dimanche 18 juin 2017

MACRON A LA SAUCE AFRICAINE

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 14 juin 2017

La victoire, ou plus précisément les victoires d’Emmanuel Macron aux élections présidentielle et législative françaises auront  au moins, pour nous Sénégalais et pour nos compatriotes vivant en France, le mérite de réduire au silence, ou, pour le moins de contraindre à l’humilité, des personnalités politiques françaises qui aspiraient à un destin national, mais qui n’avaient guère brillé par leur empathie à l’endroit des préoccupations africaines, par leur esprit de fraternité à l’égard des immigrés vivant en France ou des « Français issus de l’immigration » ou par leur tolérance en faveur de l’Islam…

La première de ces personnalités victimes du « dégagisme » provoqué par Macron, c’est Nicolas Sarkozy, l’homme du discours de Dakar, celui qui a proféré cette contrevérité selon laquelle « l’homme africain n’est pas entré dans l’Histoire », et qui sonne encore plus faux aujourd’hui au moment où les dernières découvertes archéologiques confirment que, plus que jamais, l’Afrique est le berceau de l’histoire de l’homme. Sarkozy est aussi l’homme du discours d’Agen dans lequel il désignait à la vindicte publique ces Français issus des anciennes possessions françaises et qui, selon lui, préfèrent « attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de s’intégrer par l’effort et par le travail », et auxquels il rappelait « qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national ! ».  

Sarkozy pourra toujours poursuivre ses intrigues au sein de la classe politique française, jouer les membres de son parti les uns contre les autres, mais désormais c’est lui qui est hors de notre histoire et ce qu’il dit ou fait n’aura plus d’effet sur notre destin…

« Dégagé » aussi, François Fillon ! Lui, c’était l’homme des propositions aussi inutiles qu’inapplicables sur les immigrés, comme l’instauration de quotas d’étrangers ou la rétention administrative des demandeurs d’asile qui fuient la guerre ou la barbarie. C’est aussi l’homme qui, en France, a réintroduit la notion de « race » dans le discours politique et le premier à brandir sa foi en guise d’argument politique. C’est celui qui a affirmé que la France n’a pas inventé l’esclavage, que par la colonisation, elle visait à « partager sa culture aux peuples d’Afrique ou d’Asie », celui qui avait promis de faire réécrire l’histoire de France par des Académiciens afin de donner une bonne image de son pays. C’est l’homme enfin qui n’a cessé de stigmatiser l’Islam, assurant qu’en France, « la communauté musulmane est la seule qui pose problème » et qu’il n’y a de communautarisme que musulman !

Désormais François Fillon est sorti de notre horizon et devra user ses forces à défendre son honneur, plutôt qu’à cultiver la division et pratiquer la stigmatisation et le déni…

Manuel Valls peut encore faire illusion, mais son image est si délabrée qu’il est peu probable, et en tout cas peu souhaitable, que son destin croise encore le nôtre. C’était le socialiste qui avait critiqué la Chancelière allemande parce qu’elle avait secouru les immigrés, c’est le fils de réfugié qui demandait à l’Union Européenne d’arrêter l’accueil des réfugiés, c’est celui qui prône la démocratie en Afrique mais fréquente ses dictateurs. C’est celui qui met sur le même pied le communautarisme et le FN, dénonce le « complot musulman » et affirme sans ambages que l’Islam est pauvre socialement et intellectuellement.

Il y a enfin Marine Le Pen, et Marine Le Pen c’est Marine Le Pen ! Espérons seulement que le Tchad restera le seul pays africain à lui avoir déroulé un tapis …

De ces victoires, aussi rapides qu’éclatantes, remportées par Emmanuel Macron sur des personnalités qui tenaient encore le haut du pavé il y a quelques mois et qu’il a, pour certaines, archivées, nous pouvons tirer deux enseignements.

Le premier, c’est qu’elles représentent en fin de compte le triomphe de la démocratie. Les hommes politiques oublient trop souvent qu’en matière de guerre, le Vatican ça ne fait pas de régiments ! C’est bête à dire, mais pour être élu dans un régime démocratique, il faut des voix, et les voix ce sont celles de électeurs. A nos hommes et femmes politiques qui brassent des idées quelquefois généreuses, souvent fumeuses, irréalistes ou démagogiques, qui invoquent Dieu, les marabouts, leurs diplômes ou leurs ancêtres, il faudrait rappeler qu’il leur faut aussi convaincre des électeurs déterminés, qui ne soient ni fongibles ni aléatoires, et qui soient décidés à mettre dans les urnes un bulletin à leur nom ou au nom de leur formation. La pléthore de 47 listes déposées pour nos élections législatives est d’abord le signe d’une méconnaissance profonde des règles de la démocratie et plusieurs de leurs responsables pourraient se retrouver dans la situation de Henri Gaino, réduits à insulter les électeurs qui les ont ignorés, au lieu de ne s’en prendre qu’à eux-mêmes !

Mais on peut aussi penser que la victoire d’Emanuel Macron marque le triomphe du lobbysme politique. Comment en effet imaginer qu’un homme sorti de nulle part, dépourvu de toute expérience politique significative, puisse rafler toutes les mises, dans une nation démocratique, sans qu’il ait été le fruit d’un marketing imaginé, conduit et financé par de puissantes coteries et d’abord à leur profit ? Quel que soit le crédit que l’on peut donner à cette interprétation, ce risque là en tout cas existe bel et bien au Sénégal et menace dangereusement notre démocratie, avec l’ambition prêtée à certains de transformer les élections en nominations et de remplacer le libre choix par le mot d’ordre.

Et ça c’est autrement plus lourd de conséquences que ce qui vient de se passer en France…


lundi 3 avril 2017

LEÇON AUX DONNEURS DE LEÇONS



NB : Texte publié dans « Sud Quotidien » du 27 mars 2017

Ils nous avaient chanté les valeurs de « l’humanisme » sur tous les tons et nous avions fini par croire qu’aucune détresse humaine ne leur était indifférente…

Pourtant leur compassion ne profite pas à deux des  pays les plus meurtris de la terre, au point de mettre en péril leur existence même en tant que nations. La Somalie et le Yémen connaissent en effet, entre autres malheurs, celui de la famine. Une famine atroce qui pourrait faire des millions de morts et qui est d’abord la conséquence d’aléas climatiques face auxquels les populations locales sont impuissantes. Comme un malheur n’arrive jamais seul, cette famine s’installe dans des pays ravagés par la guerre, les querelles intestines et l’intervention de puissances étrangères. Les nations riches restent indifférentes et c’est même le moment que choisit la plus riche d’entre elles pour fermer ses portes, en ne se fondant que sur des critères religieux, aux rares, très rares, rescapés de ces pays qui, à priori, ne sont pas des terroristes, mais des hommes et des femmes désespérés, révoltés par le fanatisme et la violence, et qui tentent de fuir l’enfer qu’on leur impose !

Ils nous avaient répété, face aux dérives de nos gouvernants, que les prisons sont faites pour les coupables et que la liberté de circulation était un principe fondamental des relations internationales…

Mais ils construisent plus de murs que de ponts et en attendant que sorte de terre la Grande Muraille des Amériques, on  construit en Hongrie des murs d’acier sur le flanc sud du pays, du côté des miséreux, pour le fermer  aux réfugiés. Mieux encore, le Parlement a décrété (par 136 voix contre 6 !) que tout immigré sera considéré coupable et automatiquement placé en détention dans des « zones de transit » qui sont en fait des camps fermés que le droit européen interdit formellement. Les dirigeants hongrois ont la mémoire courte : il y a soixante ans, 200.000 de leurs concitoyens, fuyant une révolution écrasée dans le sang, étaient accueillis dans les pays voisins, dont certains n’avaient pas encore pansé les plaies de la guerre, et répartis au moyen d’une politique de quotas que Budapest refuse d’appliquer aujourd’hui…

La Hongrie reste un membre, ménagé, de l’Union Européenne !

On croyait qu’après les drames qu’ils avaient vécus au siècle dernier, ils ne laisseraient plus jamais prospérer chez eux la haine raciale et la discrimination religieuse…
Pourtant  aux Pays-Bas, un homme politique, chef d’un parti qui a pignon sur rue, a fait de la discrimination et de l’incitation à la haine les fondements de son programme. Si Geert Wilders milite pour la sortie de son pays de l’Union Européenne et l’annexion de la Flandre, c’est d’abord à l’Islam, dans sa globalité et non aux seuls musulmans radicaux, qu’il consacre ses diatribes. Il peut ainsi en toute impunité désigner les électeurs musulmans sous le terme de « bovins islamiques » et promettre de débarrasser son pays des Marocains, qu’il traite de « racailles »…

Geert Wilders reste député des Pays-Bas et peut même épancher sa rancœur devant la Chambre des Lords !

Ils avaient inscrit la fraternité sur leur devise, rappelé qu’il ne suffisait pas que les hommes soient libres et égaux, et qu’il fallait aussi qu’ils soient fraternels, même si la fraternité ne pouvait pas être réglementée par la loi…

Pourtant, c’est dans leur pays qu’un agriculteur a été condamné (avec sursis, mais condamné tout de même) pour avoir aidé et hébergé des migrants en détresse, qu’un enseignant a été traduit devant la justice pour avoir transporté des réfugiés malades… Le crime de ces deux Français porte un nom dont les deux termes paraissent antinomiques puisqu’il s’agit  de « délit de solidarité ». Sur la base de telles accusations, des millions d’Africains se retrouveraient en prison !

Mais on peut s’attendre au pire puisque la cheffe du premier parti de France a aussi promis « d’éradiquer l’immigration bactérienne » car, selon elle, les migrants véhiculent des « maladies contagieuses non européennes »….

Ils nous avaient martelé que, chez eux, les hommes politiques fondent leur action sur des principes, qu’ils méprisent l’argent et que pour eux, les deniers de l’Etat étaient sacrés, au point qu’un humoriste africain a bâti sa carrière en stigmatisant nos hommes politiques réputés tous véreux…

Pourtant les Français découvrent avec stupéfaction que leur Assemblée Nationale était aussi une assemblée de familles au sein de laquelle un quart des députés, gauche et droite confondues, rétribuent leurs enfants, y compris des mineurs, ou leurs conjoints sur le budget public, déterminent la nature et la durée de leurs contrats et fixent leurs salaires ! Ces élus du peuple n’excluent même pas que cet « argent-boomerang » leur soit partiellement ristourné ou qu’il leur serve en quelque sorte de complément de salaire.

François Fillon reste candidat à la présidence de la République, mais maculé de doutes. C’est vrai que tout homme reste innocent tant qu’il n’a pas été condamné, mais n’est-ce pas l’école de son pays qui nous avait  enseigné que la femme de César ne doit point être soupçonnée ?

Ils avaient  glosé  sur le retournement de veste de nos politiciens, ils n’arrêtent pas de rire à s’en tenir les côtes à l’évocation de la « transhumance » et du « wox-woxet » (dits et dédits) à la sauce sénégalaise. Eux aussi ont la mémoire courte, mais sans remonter à Talleyrand et à sa conception de l’opportunisme en politique qu’il résumait par la formule « je me suis mis à la disposition des événements », on peut faire l’amer constat que la classe politique française a tué dans l’œuf le principe même des primaires, et peut-être plus que cela, et que ses chefs ont abandonné le candidat du parti qui les avait portés au pouvoir pour s’aligner derrière la bannière d’un homme qui certes a le vent en poupe, mais qui revendique haut et fort son mépris pour ce même parti !

Pourtant, nous ne nous réjouissons pas que tous ceux là qui ne cessent de nous donner des leçons soient pris en flagrant délit de trahison des principes qui depuis toujours ont constitué l’arme de destruction massive de toutes nos tentatives de relever la tête. Mais au moins, leurs faiblesses toutes humaines, leurs outrances verbales, leur peur de l’autre, leurs revirements et leurs contradictions, nous rassurent. Nous savons désormais qu’ils ne sont ni de purs esprits, ni de petits anges. Nous savons surtout que notre objectif ne doit pas être de les imiter, de les prendre en modèles, mais de chercher notre propre voie  et compter sur nos propres forces !


BOUNA, ZIED, ADAMA … LA DIASPORA TRAHIE PAR SES PATRIES !



NB : Texte publié dans Sud-Quotidien du 28 février 2017

Bouna Traoré, Zied Benna, Adama Traoré avaient respectivement 14,17 et 24 ans et appartenaient à ce qu’on appelle communément en France, au moins dans les médias, des « Français issus de l’immigration », expression  quelque peu discriminatoire puisqu’elle ne s’applique qu’aux Français nés, ou dont les parents, voire les grands parents, sont nés en Afrique sub-saharienne ou au Maghreb. Jamais en effet il ne viendrait l’idée à un organe de presse français de désigner sous ce terme Manuel Carlos Valls Galfetti, ancien Premier Ministre né à Barcelone et naturalisé français à vingt ans, ou Ana Maria Hidalgo, née à San Fernando, en Espagne toujours, et qui a conservé sa nationalité espagnole, ou encore Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale française, né à Tunis, sous la colonisation, d’un père italien et d’une mère maltaise… Il leur a suffi, à ces trois personnalités et à bien d’autres, d’opérer une légère et indolore chirurgie sur leurs patronymes et le tour était joué. Pour le malheur de Bouna et Adama, Traoré est moins soluble en terre française et peut difficilement passer pour un nom gaulois ! La  réalité, c’est qu’en France, l’origine africaine ou maghrébine est une tâche plus indélébile que l’encre dont on se sert en Afrique pour les élections, et ni les ruades ni le zèle patriotique de Rama Yade, qui se dit « française née à l’étranger » (merci pour nous !) ou de Rachida Dati, qui clame partout qu’elle est « française de France », n’y changeront  grand chose !

Bouna, Zied et Adama resteront donc à jamais des « Français issus de l’immigration »… Si au moins ce rappel intempestif pouvait servir à quelque chose, si au moins il pouvait en contrepartie assurer aux trois jeunes gens un élan de solidarité de la part de leurs terres d’origine, amener celles-ci à prendre le relais de leur défense quand leur patrie de papier est défaillante ! Malheureusement, ce ne fut pas le cas pour eux, et lorsque Bouna, Zeid et Adama ont perdu tragiquement la vie, les premières n’ont été d’aucun secours. Elles ont au contraire fait le mort, elles ont fait profil bas, elles ont, dans le meilleur des cas, observé une discrète compassion, si  discrète qu’elle est passée inaperçue et que n’eût été l’enterrement d’Adama au Mali, personne n’aurait connu le nom d’un des pays d’origine de leurs familles. Aucun de ces pays n’a entrepris une action significative pour exiger que lumière soit faite sur leur mort ou pour que justice leur soit rendue. Aucun n’a honoré publiquement leurs dépouilles ni célébré leur mémoire en invoquant le fait qu’aucun d’entre eux n’était ni un délinquant ni un criminel. Le désespoir et les frustrations de leurs familles respectives, laissées à l’abandon, restent incommensurables parce que la justice n’est pas passée, et quand elle est passée elle n’a pas bien fait son travail. Les circonstances de leur mort restent pour le moins troubles et inexpliquées et tout porte à croire qu’ils  ont été victimes de bavures des forces de l’ordre.

Le contraste est frappant entre le comportement des gouvernements africains, si passifs face aux malheurs d’une diaspora qu’ils sucent avec délectation, et celui des pays du Nord qui mobilisent toute leur diplomatie et usent de moyens de pression, voire de chantage, lorsque leurs ressortissants, y compris les binationaux, sont, en terre étrangère, victimes d’incidents de ce genre ou d’actes de terrorisme, voire suspectés de crimes ou de délinquance. « J’irai les chercher, quoi qu’ils aient fait ! », avait dit Nicolas Sarkozy lorsque des Français suspectés de trafic d’enfants avaient été interpellés au Tchad, soulignant au passage son mépris à l’endroit des populations et des gouvernements africains. La France a eu le même comportement, au risque de provoquer une crise diplomatique, lorsqu’une de ses ressortissantes a été condamnée au Mexique pour enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d’armes à feu et de munitions ! Elle a ouvert des enquêtes préliminaires pour apporter une assistance judiciaire à ses citoyens expatriés ou à leurs familles, dans des cas d’enlèvements, d’assassinats, de bavures supposées des forces de l’ordre ou d’attentats terroristes en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali ou en Algérie… Les Etats-Unis vont encore plus loin pour assurer la protection et la défense de leurs citoyens expatriés, au point de s’opposer souvent à ce qu’ils soient jugés par les tribunaux de leurs pays d’accueil, même dans des cas de crime avéré, et de faciliter ou organiser leur fuite pour échapper à la justice… Mais c’est Israël qui a porté la défense de ses enfants de naissance ou ceux qu’il revendique comme tels, puisque cela inclut tous ceux qui ont une attache quelconque, y compris confessionnelle, avec ce pays, à un niveau qui n’est atteint nulle part et qui devrait inspirer les gouvernements africains. Il suffit de rappeler ses prises de position à l’occasion d’attentats ou simplement d’actes antisémites commis en France contre des citoyens français de confession juive, dont certains n’avaient même jamais vécu en Israël : protestations véhémentes, stigmatisation de la politique du gouvernement français, tir groupé contre les musulmans, appel à quitter le territoire français. C’est comme si les gouvernements africains interpellaient celui des Etats-Unis et lui demandaient des comptes à l’occasion des violences subies par les Africains-Américains. Mais la politique israélienne est payante puisque le gouvernement français fait non seulement acte de repentance, mais se fait toujours représenter à l’enterrement en Israël des victimes des incidents, alors qu’à l’enterrement de Adama Traoré au Mali, il était aux abonnés absents !
A la mort de Bouna Traoré et de Zied Benna, l’ancien ministre Christian Estrosi n’avait eu que des mots méprisants pour les jeunes gens, les traitant  de « délinquants en excès de vitesse », alors qu’ils étaient à pied et que le policier qui les poursuivait, et qui les avait vu se réfugier dans un poste EDF, s’était contenté d’observer qu’il ne « donnait pas cher leur peau ». Après dix ans de procès (« dépaysé » à Rennes !), la justice avait presque conclu que « rien ne s’était passé » et écarté tout versement de dommages et intérêts aux familles des victimes …

Après sa nomination comme Premier Ministre, l’un des premiers gestes de Bernard Cazeneuve a été de rendre une visite de courtoisie aux gendarmes impliqués dans la mort de Adama Traoré, ceux-là même qui l’avaient maîtrisé au moyen d’un « placage ventral », pratique interdite dans de nombreux pays, et qui, de l’avis des sapeurs pompiers, avaient  eu le tort de ne pas l’avoir placé en « position latérale de sécurité ».

Ni cette indifférence, ni cette brutalité, ni ces lenteurs, ni ce déni de justice n’ont ému les pays africains d’où étaient partis les parents de Bouna et de Adama, au point de les amener à exercer une pression ferme et visible sur le pays qui les accueille et qui refuse de leur concéder la plénitude de leurs droits. Nos gouvernants sont toujours en quête des voix et des subsides de leurs diasporas, sans trop s’inquiéter de savoir si elles portent un ou plusieurs passeports, mais quand nos concitoyens ou leurs proches se noient en Méditerranée, quand ils sont pris dans des rafles ou occis par des maffias, quand ils sont victimes de bavures ou  étouffés dans les postes de police, ils préfèrent invoquer le respect de la non ingérence dans les affaires d’un pays étranger !  

Voila pourquoi, face à la défection des pays d’origine de leurs parents, la rue a pris en France la défense de Bouna, Zied, Adama et aujourd’hui celle de Théo !

mardi 24 janvier 2017

LES ETATS-UNIS, UNE RÉPUBLIQUE BANANIÈRE ?

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 16 janvier 2017

Comment cela s’appelle un pays qui confie son sort, et indirectement celui du monde, à un homme, multimilliardaire, dont l’équipe gouvernementale, recrutée sur le seul critère de son aisance matérielle, dispose d’une  fortune qui dépasse les revenus cumulés du tiers de sa population (ce qui représente tout de même plus de 120 millions de personnes !), ou  l’équivalent du PIB de 100 pays du monde, un président qui avoue sans honte qu’il  s’est enrichi par des procédés certes légaux mais moralement condamnables parce qu’ils reposent sur l’exploitation des failles de la loi, sur l’art de frauder sans se faire prendre ?

Comment cela s’appelle un pays dont le président, propriétaire d’un groupe aux vastes ramifications internationales, négocie encore des contrats à quelques jours de son investiture officielle, annonce qu’il conservera de fait ses actifs dans ses sociétés, ce que n’avait fait aucun de ses prédécesseurs depuis près d’un demi siècle, refuse donc obstinément de se défaire de ses responsabilités de chef d’entreprises au sein desquelles il exerçait plus de 500 fonctions de premier plan ?

Comment cela s’appelle un pays dont le président, au mépris de toute éthique, confie à des membres de sa famille, tous novices en politique, les fonctions parmi les plus importantes dans la gestion de l’Etat, sur la seule base des liens qu’il entretient avec eux et non en se fondant sur leurs compétences, sans même exiger d’eux qu’à leur tour ils se préservent de tout conflit d’intérêts entre leurs propres affaires et celles de la communauté nationale ?

Comment cela s’appelle un pays dont le président ne reconnait pas la continuité de l’Etat républicain et la nature sacrée de la chose jugée, qui se propose de remettre en cause les engagements les plus solennels souscrits par le gouvernement, les acquis les plus significatifs de son prédécesseur et qui touchent au bien être de ses concitoyens, à la préservation de la qualité de la vie dans le monde, au maintien de la bonne entente entre les nations ?

Comment cela s’appelle un pays dont le président se propose d’exercer son autorité, alternativement, entre sa résidence officielle et son domicile privé, mettant à rude épreuve les agents destinés à assurer sa sécurité, qui dénie néanmoins toute crédibilité aux informations fournies par ses propres services de renseignements, les plus performants du monde, et préfère s’en remettre à ses états d’âme, qui exprime le plus profond mépris à l’endroit des plus défavorisés de ses concitoyens, des handicapés, des minorités ethniques et religieuses et des ressortissants des pays étrangers ?

Comment cela s’appelle un pays dont le président a vu son élection  désavouée par la majorité de ses concitoyens, qui s’était fait remarquer par un opportunisme politique qui l’avait conduit à changer de parti une bonne demi douzaine de fois, qui avoue d’ailleurs qu’il n’a aucune conviction en politique, même sur les sujets les plus graves, et que sa seule ambition est de faire de l’argent et encore de l’argent et de contribuer à accroître le patrimoine des nantis, y compris le sien et celui de ses proches, quitte à enrichir les plus riches et à appauvrir les plus pauvres ?

Comment cela s’appelle un pays où tous les pouvoirs, exécutif et législatif notamment, et même judiciaire, sont aux mains de la même faction dont les représentants sont pour la plupart des milliardaires, ou en tout cas  parmi les mieux nantis de la nation, mais aussi parmi les plus incultes, politiquement et socialement parlant, si l’on considère leur indifférence ou leur méconnaissance de l’état de détresse de certains de leurs concitoyens ou de la désespérance d’une partie des peuples du monde ? Ce mode de gouvernement censitaire explique notamment que chaque membre de cette oligarchie d’argent, imbu de sa richesse, s’exprime sans mesure ni discipline, et qu’à peine nommée l’équipe appelée à diriger le pays, mais qui n’est pas encore aux commandes, se fait remarquer par la cacophonie  installée en son sein et qui donne l’impression qu’elle est un bateau ivre !

Comment cela s’appelle un pays dont le président, appelé à jouer le premier rôle dans la gestion du monde, a pour préoccupation, au cours de sa première prestation publique, non de livrer à l’opinion sa vision des grands défis qu’il aura à affronter, mais à répondre aux questions touchant à ses mœurs, aux turpitudes sexuelles dont on l’accuse et qui peuvent mettre en danger sa liberté d’action si elles s’avéraient exactes ?

Le pays décrit ici n’est pourtant pas une « république bananière », parce que les Etats-Unis ne sont pas la terre d’élection de ce fruit, parce que, surtout, ils ont bien d’autres ressources et sont capables d’étonner le monde, comme ce fut le cas avec l’élection de Barack Obama comme premier président noir d’une nation qui, quarante ans auparavant, contestait aux Noirs les plus élémentaires des droits civiques. C’est bien pour cela, parce que la femme de César ne doit pas être soupçonnée, que nous sommes déçus et inquiets pour l’avenir. Les Etats-Unis ne sont assurément pas cette caricature de gouvernement rongé par la dictature et la corruption qui avait inspiré l’expression à l’écrivain O. Henry au début du XXe siècle, mais ce qui se profile à l’horizon avec l’arrivée au pouvoir de l’arrogante et imprévisible « Trump team », composée très majoritairement d’hommes, de blancs et de riches, de militaires bellicistes et d’hommes d’affaires lobbyistes et comploteurs, rescapés des plus grands scandales financiers des dernières années, avec un chef qui déjà foule aux pieds ses promesses de campagne, c’est en toute beauté, le symptôme du délabrement spirituel et moral qui plane sur une nation gouvernée par l’argent et par le spectacle…


jeudi 5 janvier 2017

ANNÉE NEUVE, VIEUX DÉMONS !

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 5 janvier 2017

Une année vient de s’achever et nous avons tous la crainte que celle qui commence ne soit gâchée par les pitreries de deux saltimbanques, deux bouffons, d’envergure fort différente, dont l’un vient de faire une entrée fracassante sur la scène politique à la surprise générale, et l’autre refuse de la quitter, au grand désappointement de tous les démocrates. Mais la dictature prédictive ayant subi de graves revers au cours de l’année écoulée, tous les espoirs ne sont pas perdus, y compris les plus fous. En revanche, il est peu probable qu’un miracle se produise dans notre vie quotidienne et, que d’un coup de baguette magique, l’année 2017 nous fournisse l’occasion de nous débarrasser de tous les vieux démons qui appartiennent à notre histoire et que nous traînons comme des boulets…

Il y a ainsi le démon de l’incivisme, illustrée par deux images d’anthologie qui devraient nous faire mériter l’oscar du chauffeur le plus imaginatif.   

Le premier est un chauffeur de taxi qui, empêtré dans les embouteillages de la circulation, ne trouve comme solution que d’engager sa voiture… sur la passerelle qui enjambe l’autoroute dont il sait pertinemment qu’elle est réservée aux piétons ! Le second, tout aussi acariâtre, tente un demi-tour digne de James Bond sur le vieux pont Faidherbe, à Saint-Louis, au risque de provoquer un carambolage qui lui ferait perdre le temps qu’il cherche  à gagner. Dire que sous la Grèce antique et même sous la Révolution française, des hommes ont été condamnés à mort ou à la déportation pour manque de civisme !

La discipline n’est pas en effet notre fort et les deux extravagances rapportées plus haut ne constituent qu’un petit échantillon, glané dans l’année qui vient de s’achever, de notre propension  à bafouer les règles du vivre en commun. Faire la queue devant un guichet, céder la priorité, s’abstenir de jeter un détritus dans la rue, de perturber le repos de ses voisins ou de squatter le trottoir ou la chaussée… ces petits gestes là, nous ne savons pas les faire et, mieux, nous les jugeons dérisoires ou fastidieux…

Il y a aussi le démon des pesanteurs sociales, syncrétismes où s’entrechoquent les dérives de nos traditions, de nos croyances et des mauvais exemples que nous empruntons aux autres. Toutes nos cérémonies familiales (baptêmes, décès, mariages et autres commémorations) ont fini par prendre la même allure, avec le même désordre dans l’organisation, la même profusion d’argent distribué avec ostentation à des gens qui ne sont pas dans le besoin, le même étalage de nourriture et de paroles servies dans le même brouhaha.

C’est ce démon qui a poussé un homme, qu’on dit pourtant bien intégré dans la famille qui l’emploie, à assassiner froidement sa patronne pour faire face aux obligations que lui imposent les rites sociaux. L’affaire est encore entre les mains de la justice, et il est sans doute prématuré de cerner le parcours du présumé coupable, mais il n’en demeure pas moins que notre société est minée par le paraître, les extravagances et le gaspillage, et qu’elle a bâti tout un échafaudage de codes qui ne sert que les profiteurs et ne favorise ni le développement ni le progrès social. L’Etat lui-même n’échappe pas à cette frénésie : chaque tournée présidentielle dans le pays profond coûte à la collectivité l’équivalent d’une école ou d’un dispensaire, chaque participation du gouvernement à l’un des grands rassemblements religieux (qui restent tout de même des manifestations d’ordre  privé !) avoisine ou dépasse le budget annuel de certains ministères…

Il y a également le démon des basses querelles, souvent vaines, quelquefois prématurées, toujours stériles, qui décrédibilisent nos hommes politiques et nous font croire que tout est mise en scène et que leur gloire passe avant le bonheur de la collectivité. Des députés qui se querellent en séance, s’étripent même, on voit cela dans des parlements qui revendiquent des siècles d’existence. Ce qui est inadmissible, c’est que chez nous, les débats parlementaires virent souvent en foires d’empoigne, qu’on s’insulte et qu’on s’interpelle sur des questions superficielles, que nos parlementaires oublient quelquefois que l’essentiel de leur mission est de contrôler et non de servir le pouvoir exécutif, que leurs débordements et leurs états d’âme donnent un mauvaise image de leur congrégation et humilient leurs mandants…

Le pétrole a sali et abîmé des régions entières, créé des oligarques corrompus et des misères extrêmes. Pétrole, qu’as-tu fait du Nigéria, du Venezuela ou du Tchad ? Le Sénégal n’a pas encore de pétrole, il n’a que des espérances de pétrole, certes fondées, mais aucune goutte de l’or noir n’est encore sortie de notre sous-sol. Mais voila que déjà cette arlésienne sème le trouble dans notre pays, suscite des soupçons, nourrit des ambitions personnelles, installe la zizanie et prend l’allure de règlements de comptes, voila même que l’on fait pointer à l’horizon la menace d’un conflit avec nos voisins. Il serait à l’honneur de notre gouvernement de rappeler qu’il ne faut pas vendre la peau …du phacochère avant de l’avoir tué et, pour prouver sa bonne foi, de réunir une véritable conférence nationale, sur le modèle de celles qui ont changé le cours de la vie dans plusieurs nations africaines, mais avec des objectifs ciblés, et dans laquelle les débats partisans seraient exclus…

Il y a enfin et surtout, sans que cette liste soit exhaustive, le démon de l’intolérance qui représente à mes yeux la menace la plus grave que notre pays aura à affronter dans les prochaines années.

Elle a fait en 2016 une résurgence inquiétante parce qu’elle ressemble plus à une tendance qu’à un incident de parcours. Elle n’est pas que religieuse, elle est plus largement la manifestation du refus de toute expression personnelle qui ne soit pas conforme à des règles préétablies et qui composent un dogme social. Ainsi il a fallu exfiltrer un imam, menacé de lynchage, parce que, semble-t-il, il avait émis des réserves sur la manière dont on commémorait au Sénégal la naissance du Prophète (PSL) ; fort différente de celle qui a cours dans les pays arabes. Pourtant le rôle d’un imam c’est, comme le rappelait l’un d’entre eux, « d’être un vecteur de savoirs, et non un donneur de leçons ». Ainsi des individus  ont été molestés, menacés de mort ou contraints de se cacher parce qu’ils avaient fait sur des comportements ou sur des hommes des commentaires ou des observations qui, à leurs yeux, n’étaient ni des insultes ni des blasphèmes. Pourtant en Islam, il n’y a d’infaillibilité que celle de Dieu et il est du devoir du croyant de combattre l’aliénation et l’instrumentalisation de la religion. Les meilleurs défenseurs de la tolérance, ce sont les croyants eux-mêmes et, au nom du précepte bien connu et selon lequel « c’est l’enfant de ta mère qui peut te dire que ton haleine est mauvaise », il appartient à ceux au nom desquels ces imprécateurs prétendent parler d’agir en sorte que le dialogue et la reconnaissance de nos différences soient préservés…


« C’est avec des mots, et non avec des idées, qu’on fait des vers ! » avait dit un poète à un mauvais rimailleur. C’est avec des actes forts, et non avec de belles paroles, que l’on peut changer le destin d’une nation. Souhaitons donc qu’en 2017 nous fassions, tous, l’effort de nous débarrasser de quelques uns de nos vieux démons…

BONNE NOUVELLE : ISRAËL SUSPEND SON « AIDE» AU SÉNÉGAL !

NB : Texte publié dans "Sud Quotidien" du 27 décembre 2016

Barack Obama termine son mandat en beauté : par le pari le plus audacieux, le plus courageux, le plus conforme  à l’idée que l’on se fait d’un grande puissance éprise de paix et de justice qu’un président américain ait prise depuis près de quarante ans sur la crise israélo-palestinienne. Ce n’est pourtant pas un défi, c’est même un geste qui peut paraître banal, c’est une main levée, non pour dire « niet », comme le font si souvent les Russes et avant eux les Soviétiques, mais pour dire clairement que trop c’est trop. La position du président américain se résume en quelques mots : « Je ne peux pas avoir toujours raison contre tout le monde, je m’en remets à la sagesse de mes pairs, et, surtout, je refuse d’obéir aux menaces et au chantage ! ». La résolution 2334 du 23 décembre 2016 du Conseil de Sécurité, approuvée par 14 pays sur 15, à laquelle il n’oppose pas son veto, et qui exige « l’arrêt immédiat et complet des activités israéliennes de colonisation dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est », est un camouflet pour Tel-Aviv. Elle peut contribuer, avec la sortie de Cuba du lazaret dans lequel l’avaient enfermé les Etats-Unis, à faire en sorte que Barack Obama mérite un peu mieux le Prix Nobel de la Paix qui lui avait été attribué trop tôt.

L’Etat d’Israël est l’une des rares nations du monde à devoir son existence à une résolution des Nations-Unies, décision d’ailleurs anti-démocratique puisque votée contre la volonté de la majorité de la population  palestinienne composée alors d’arabes pour les deux tiers. Paradoxalement, Israël est aussi le pays qui bafoue le plus fréquemment les décisions de cette assemblée, avec une désinvolture qui touche à la provocation et au mépris de la communauté internationale, comme vient de le montrer encore sa diplomatie qui traite de « ligue anti-israélienne » les pays qui ont voté la dernière résolution du Conseil de Sécurité. Israël a déjà annoncé qu’il ne l’appliquera pas, pas plus qu’il n’a appliqué plusieurs dizaines de résolutions de la même instance stigmatisant le traitement des réfugiés, les actes de violence, l’expulsion de populations civiles, les expropriations ou les crimes commis par les forces de sécurité. Depuis près de soixante-dix ans, ses gouvernements successifs n’ont jamais cessé de défier les lois internationales. Ils n’ont jamais voulu appliquer les principes mêmes qui avaient présidé à sa création et qui stipulaient que la Palestine serait partagée en deux Etats, arabe et juif, et que Jérusalem resterait une entité séparée. Ils ont bafoué impunément un principe reconnu par tous et qui proscrit toute annexion d’un territoire conquis par la force et qui fait que l’occupation de Jérusalem et de territoires palestiniens est illégale. Ils ont enfreint les dispositions de la Convention de Genève qui interdit à la puissance occupante « de déporter ou de transférer une partie de sa population civile dans les territoires qu’elle occupe… ».

Depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, le gouvernement Netanyahu, le plus réactionnaire qu’ait connu Israël, a multiplié les provocations à l’endroit de son plus proche allié, de son principal soutien économique et militaire, celui dont il s’est servi comme parapluie face aux injonctions de la communauté internationale. Il s’est ingénié à faire échouer l’accord sur le nucléaire iranien dans lequel Obama s’était beaucoup investi. Sur la crise israélo-palestinienne, il a gelé délibérément les négociations sur tous les dossiers sensibles, est resté intransigeant sur les colonies, accélérant même leur création puisque 100.000 colons ont été installés sur des terres palestiniennes au cours des huit dernières années. On peut même dire qu’il y a du racisme dans le manque de considération manifesté à l’endroit du président Obama, réduit à une malheureuse parenthèse, puisque, contrairement à tous les usages diplomatiques, le Premier Ministre israélien s’est permis de rendre visite au Congrès américain sans en aviser dans les formes le chef du pays hôte. Aujourd’hui, il poursuit  dans la même veine en s’adressant  directement au président élu, mais non encore investi, comme s’il était déjà aux affaires, et  les rues des villes israéliennes sont déjà pavoisées d’ affiches saluant l’arrivée de Trump comme celle de l’homme qui va « rendre à Israël sa grandeur » ! A tous ces titres, on doit saluer le geste symbolique du président américain, même si sa portée est limitée, puisque Barack Obama est à la fin de son mandat et que la résolution votée n’a pas de caractère contraignant. Il était temps, comme l’a dit son ambassadrice à l’ONU, de rappeler qu’il fallait « faire le choix entre la colonisation et la séparation ».

Mais pourquoi Israël sort-il la Grosse Bertha pour tirer sur tout ce qui bouge, alors que le texte voté est, de l’avis même de ses alliés traditionnels, un document équilibré, qui ne ménage pas les Palestiniens non plus et qui ne fait que réaffirmer le droit ? Pourquoi sommer des ambassadeurs à répondre à sa convocation un jour de Noel, alors qu’il aurait crié au blasphème si son diplomate subissait le même sort le jour du shabbat ?

Pourquoi cible-t-il tout particulièrement le Sénégal, avec à l’appui des menaces de rétorsion, alors que notre pays a porté cette résolution, après la capitulation égyptienne sous la pression (déjà !) de Trump, en même temps que d’autres nations plus riches et qu’en fin de compte 14 pays l’ont signée, dont l’Angola et l’Egypte ? Parce qu’Israël a fait de la victimisation une arme dont il use à toutes les occasions. Parce que sa tactique  a toujours été de frapper les faibles et d’exiger la soumission de tous à sa volonté. Parce que son vrai domaine de compétence, celui où il ne compte aucun rival, c’est la sécurité et le renseignement, que ses fonctions de barbouze du monde et sa capacité de nuisance font peur aux hommes de pouvoir et représentent un instrument de chantage contre les pays pauvres.

Qu’avons-nous à perdre en cas de retrait de son aide, bien trop conditionnelle et relativement modeste ? Très peu, et en tout cas pas l’honneur. Il n’y a aucune gloire à bénéficier de l’assistance d’un pays qui est lui-même l’un des plus aidés du monde, comme l’atteste l’accord de défense d’un montant de 36 milliards de dollars signé il y a quelques mois entre les Etats- Unis et Israël. Il y a de l’indignité à bénéficier des fonds publics d’un pays dont la richesse ne vient pas seulement du fruit de son travail, certes indéniable, et qui entre autres exactions, n’hésite pas à confisquer les recettes fiscales de son petit et malheureux souffre douleur.


Pour toutes ces raisons nous disons « Bye-bye Israël ! ».